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    Etudes et Recherches du Monastère Zayain Khüree

Interview de Krisztina TELEKI et Zsuzsa MAJER

 (2009)


 

 

 

 


Histoire et développement du Zayain khüree, XVIIe-début au XXe siècle :

étude préliminaire (2009)

 

Isabelle Charleux (GSRL, CNRS)


 
          La fondation du Zayain khüree ou Zaya gegeenii khüree, « monastère du Zaya [gegeen]1, est contemporaine de l’essor du bouddhisme en pays Khalkha (actuelle Mongolie) au début du XVIIe siècle, lorsque des missionnaires parcouraient la steppe, prêchaient le Dharma et persécutaient le chamanisme. Suivis d’une poignée de disciples, ces moines tibétains et mongols récoltaient des aumônes, et obtenaient des princes l’autorisation de fonder un monastère sur leurs terres. Après leur mort, leur réincarnation était fréquemment retrouvée à proximité de leur monastère, souvent au sein des familles nobles du clan gengiskhanide. Les lamas réincarnés (khuvilgaan, mo. qubilyan) étaient des acteurs essentiels du paysage religieux mongol. Selon leur personnalité et leur talent, ils pouvaient faire la fortune de leur monastère. Peu à peu l’Église bouddhique devint un pilier de cette société que beaucoup de spécialistes ont qualifié de « féodale » ou « semi-féodale » et de semi-théocratique2. Le lien entre nobles et grands lamas était très fort ; ils appartenaient généralement à la même grande famille gengiskhanide et légitimaient mutuellement leur autorité en se conférant des titres, qui étaient par la suite confirmés par le Dalaï lama et le Panchen lama (c’est le Dalaï lama qui conféra son titre au fondateur du Zayain khüree). Les nobles recevaient des initiations bouddhiques et soutenaient matériellement le clergé. Cette relation était appelée en tibétain chöyon (mchod-yon), ce que l’on traduit habituellement par « chapelain-donateur ».
 
          Le bouddhisme pénétra tous les niveaux de la société mongole et dès les années 1640, l’Église se développa comme un état dans l’État, possédant d’immenses troupeaux (parfois des terres et autres biens immobiliers) et ayant juridiction sur des familles d’éleveurs, les shav’nar3. Elle jouissait d’un tel prestige et détenait un pouvoir politique et économique tel que son chef spirituel, le Jebtsündamba khutukhtu, fut reconnu par la dynastie mandchoue des Qing comme pontife des Khalkha et quasi chef temporel après la soumission de ces derniers à l’autorité mandchoue en 1691 (leur territoire fut alors appelé « Mongolie-Extérieure »). L’institution bouddhique n’en était pas pour autant totalement unifiée en ses débuts, les écoles « rouges » résistant contre la suprématie les Gelugpa, puissante et prosélyte école « jaune ». La figure clé de cette époque est Zanabazar, le premier Jebtsündamba khutukhtu (encore appelé Öndör gegeen, 1635-1723), grande personnalité religieuse, politique et artistique de la Mongolie Khalkha, fils du khan Gombudorji (1594-1655), lui-même petit-fils d’Avtai khan4 qui avait introduit le bouddhisme chez les Khalkha. Zanabazar montra une personnalité assez puissante pour maintenir l’unité des Khalkha sur toute la période. Par la suite, l’empereur mandchou Qianlong (r. 1736-1795), voulant briser le lien unissant l’aristocratie gengiskhanide et l’Église bouddhique, interdit à partir de 1758 que les réincarnations des grands pontifes fussent retrouvées parmi la noblesse mongole.
 
          Le premier monastère des Mongols Khalkha fut Erdene zuu, édifié en 1585-1586, par Avtai khan sur les ruines de l’ancienne capitale impériale Kharakhorum. Mais nombre de monastères fondés par la suite, y compris le principal, Ikh khüree (« le grand monastère », i. e. la future Ourga), le monastère du Jebtsündamba khutukhtu, étaient itinérants, suivant leurs principaux donateurs dans leurs nomadisations. Au XVIIIe siècle, lorsque leurs richesses les rendirent indépendants des princes et qu’ils se lassèrent de transporter leurs temples et statues monumentales, la majorité des monastères se sédentarisèrent. Malgré le contrôle relatif de l’Église par l’administration mandchoue, qui fixait le nombre de moines résidant, octroyait subsides correspondants et titres aux plus grands monastères et contrôlait la sélection des principales réincarnations, les monastères jouissaient d’une grande autonomie (le Jebtsündamba n’avait rien d’un pape). C’était des centres religieux, politiques, économiques et culturels ; ils servaient de lieu de retraite, d’écoles, de banques, d’ateliers d’artisanat, de sociétés de commerce et de transport ; leurs grands festivals réunissaient toute la population de la bannière : ils étaient ainsi le pivot de la vie locale5.
 
          Le Zayain khüree était un des principaux monastères de Mongolie Khalkha, à la tête duquel siégeait une prestigieuse lignée de réincarnations. Sa prospérité était en partie due à la renommée de la première incarnation, relayée par le dynamisme du deuxième Zayain gegeen. Malgré la taille importante du monastère aux XIXe et début du XXe siècle, nous ne possédons que peu de sources sur sa fondation et son histoire, et ces informations, essentiellement basées sur des récits oraux, sont souvent peu précises voire contradictoires. En effet, comme environ 85% du patrimoine religieux de Mongolie, le monastère a été rasé, à l’exception d’un groupe de bâtiments. Je tenterai ici de retracer l’histoire et l’organisation du Zayain khüree, après une brève présentation de sa lignée de réincarnation – la troisième principale lignée des Mongols Khalkha –, puis de reconstituer son plan au sol en se fondant sur des descriptions et des photographies anciennes. Il s’agit ici d’une étude préliminaire fondée essentiellement sur des sources écrites et visuelles.
 

          Les Zayain gegeen : entre hagiographie et légende

 

          Le premier Zaya bandit Luvsanperenlei

 
          L’hagiographie du premier Zaya bandit Luvsanperenlei (1642-1715)6 nous révèle une personnalité polymathe qui a de nombreux points communs avec Zanabazar dont il était d’ailleurs un disciple7. Il fut par la suite reconnu comme le neuvième, ou dixième selon les décomptes, d’une lignée de réincarnations fictives que l’on fit remonter à l’Inde bouddhique et au Tibet8.
 
          Luvsanperenlei était un Mongol originaire du lieu dit Mukhar khujirt dans le khanat9 Tüsheet khan10 (actuel Tsetserleg sum, province Arkhangai)11. Il naquit en 1642 dans une famille de la noblesse gengiskhanide, dans la maison de l’uvsh Tseyejav khöndlön, septième fils de Tsükhegür tümenkhen sain noyon (un frère d’Avtai khan), lui-même petit-fils de Geresenje (m. 1548)12. Khöndlön (ou khündlen, mo. kündülen) est un titre honorifique, uvsh (mo. ubasi) désigne un laïc ayant fait vœu de suivre les cinq préceptes bouddhiques.

          Reconnu à l’âge de trois ans comme un khuvilgaan, Luvsanperenlei fut intronisé à l’âge de treize ans comme réincarnation des Khalkha13, et devint un disciple de Zanabazar, de sept ans son aîné (de même deux de ses incarnations suivantes furent disciples du Jebtsündamba)14. Luvsanperenlei partit étudier au Tibet à l’âge de dix-neuf ans, de 1660 environ à 1679, et rencontra le Grand cinquième Dalaï lama et le premier Panchen lama. Le Dalaï lama lui conféra l’ordination de gelüng (moine pleinement ordonné) et de nombreux enseignements. En 1673, le Tüsheetü khan Chakhuundorj (r. 1655-1698 ou 1699), frère de Zanabazar, qui se trouvait alors à Lhasa, et Luvsanperenlei reçurent des enseignements tantriques du Dalai lama15. Alors que Luvsanperenlei s’apprêtait à rentrer en Mongolie, le Dalaï lama lui conféra le titre de Zaya bandit khutukhtu (« khutukhtu érudit victorieux »16) et lui octroya un sceau de gouvernement en jade, suivant le précédent du Zaya bandit des Oïrat, afin qu’il poursuivit la mission de conversion des Khalkha – dix ans auparavant, Zanabazar avait quitté le Tibet avec une mission similaire. Le Dalaï lama nourrissait de grands espoirs dans l’expansion des Gelugpa en Mongolie, et lui dit à plusieurs reprises de ne pas autoriser les enseignements Nyingmapa ; au contraire, il devait défier quiconque chercherait à les répandre17.
 
          Aussitôt rentré en Mongolie, en 1679, Luvsanperenlei commença la construction ou agrandit le monastère (voir ci-dessous). D’après une source du XIXe siècle, « De retour dans son pays, il fonda un grand monastère doté de quatre facultés, donna des bénédictions en lisant le Kanjur »18. Luvsanperenlei tenta également de mettre fin à la guerre qui opposait les Khalkha menés par Zanabazar, et les Mongols Zungar (Mongols occidentaux) menés par Galdan Boshigt (ces derniers avaient attaqué les Khalkha en 1688). Il participa en 1686, avec le Galdan Shireet Lodoijamts, l’Öndör gegeen Zanabazar et le Zhangjia khutukhtu à la conférence de paix de Khüren Bilchir rassemblant Khalkha et Zungar19. Pour cela, il fut honoré par l’empereur mandchou Kangxi (r. 1662-1722), qui lui conféra le titre de khutukhtu avec sceau ainsi que de nombreux privilèges.

          Luvsanperenlei voyagea dans de nombreuses bannières mongoles, invité par des princes pour donner des initiations, y compris en Mongolie méridionale (actuelle Mongolie-Intérieure, Chine), et effectua un pèlerinage au mont Utai (Wutaishan, Shanxi, Chine) en 1707. En 1688, il se rendit en Mongolie méridionale pour fuir les guerres Khalkha-Zungar, et bâtit dans les années 1690 une faculté à la requête du lama Achit tsorj de Hohhot. En 1693, il prêchait à nouveau dans la région de Hohhot20. Il fonda le Bandidin süm (monastère du pandit) ou Buyanig iltgegch süm au nord de Hohhot et eut de nombreux disciples en Mongolie méridionale21. Il fut reçut en audience par Zanabazar à Dolonnor (Mongolie méridionale) en 1693, et passa le nouvel an 1698 à la cour impériale à Pékin. En 1699 l’empereur mandchou lui octroya d’importants présents22.

          En 1710, Luvsanperenlei reçut de l’empereur une chaise à porteurs avec couverture jaune (la couleur impériale). Le Dalaï lama et le Panchen lama le distinguèrent également en lui octroyant le titre de « Celui qui révèle » (shashnig todruulagch, mo. šasin-i todurayuluyci)23. Luvsanperenlei était donc un grand maître réincarné, un « khutukhtu avec sceau » dont le statut et le pouvoir étaient reconnus à la fois par les autorités tibétaines et les autorités mandchoues. Avec la fondation de son monastère, les princes lui donnèrent des « serfs » (shav’nar) ainsi qu’un territoire fixe dans le khanat Tüsheet khan, qui fut par la suite reconnu par les Qing comme le « territoire du Zaya gegeen des Khalkha » (Khalkhin Zaya gegeeni nutag).
 
          Luvsanperenlei était également un grand savant bouddhiste et un fin lettré ; selon son hagiographie, il fut instruit dans les livres dès cinq ans, étudia le tibétain, le sanskrit, le mandchou, la littérature, la philosophie, écrivit des sutras, composa des ouvrages mais aussi des poèmes dès l’âge de dix-sept ans, traduisit de nombreux textes du tibétain, en particulier des traités d’histoire, de philosophie bouddhique, de rituels, de littérature et de théorie poétique. Sa très grande érudition est évaluée à « soixante chariots de livres » qu’il aurait lus. Il pouvait se mesurer aux grands érudits tibétains de son temps.

          Son œuvre complète, imprimée à Pékin en six volumes, inclut une histoire du bouddhisme en Inde, au Tibet et en Mongolie intitulée « Le Clair miroir des enseignements », une biographie de Zanabazar24, ainsi qu’une biographie du Lamin gegeen, le nomin khan Luvsandanzanjantsan, de nombreux textes bouddhiques tels les « Trente-cinq ornements de la philosophie de Tsongkhapa », des « Chants pour apaiser (la déesse) Lhamo », un « Rosaire de perles de prières pour les incarnations du Panchen lama », une « Prière pour accorder les vœux de l’incarnation du Dalaï lama », ainsi que des prières à différentes divinités, des dharanis, des résumés du Kanjur et du Tanjur, cent vingt poèmes, des biographies d’importants savants bouddhistes, des légendes et des dictons25. Enfin Luvsanperenlei était également intéressé par la peinture, fabriqua des icônes et pratiqua la médecine.

          Luvsanperenlei dans les légendes locales


          Le philosophe et artiste – le premier Jebtsündamba, Zanabazar –, le littéraire mais aussi, dans les légendes, le magicien – le premier Zaya bandit Luvsanperenlei –, et le spécialiste d’astrologie, également grand musicien – le premier Lamin gegeen Luvsandanzanjantsan26 – forment une sorte de triade religieuse commémorée dans des légendes et anecdotes. Philosophie, astrologie (système du Kalachakra) et tantrisme (ésotérisme) représentent les trois pôles du bouddhisme mongol, et les trois disciplines majeures (auxquelles s’ajoute la médecine) enseignées dans les facultés monastiques. Ces trois grands polymathes se sont connus dans la période de transition entre une Mongolie Khalkha indépendante et une Mongolie-Extérieure, province de l’empire mandchou – transition dont ils portent une certaine responsabilité d’ailleurs. Le grand explorateur et savant russe A. M. Pozdneev rapporte en 1896 que « dans l’esprit des masses sans éducation », on les distinguait par la couleur de leur yourte : le Jebtsündamba, le khan à la yourte blanche, le Zaya bandit, le khan à la yourte jaune, et le Lamin gegeen, le khan à la yourte noire, ce qui correspondrait à la couleur du feutre de leurs yourtes-cuisines respectives27.
 
          Une légende locale rassemble les trois lamas, qui seraient à l’origine de la décision de fonder le Zayain khüree. Luvsanperenlei, Zanabazar et Luvsandanzanjantsan28 escaladèrent un jour le mont Bulgan et s’arrêtèrent sur un rebord de rocher pour méditer. Devant eux s’étendaient la vallée de la Tamir et les monts Khangai. Impressionnés par la beauté et la géomancie appropriée du site, ils convinrent que le pied de la montagne était un site idéal pour bâtir un monastère. Afin de décider lequel des trois bâtirait sur ce site, ils placèrent leur bol de thé retourné en face d’eux et décidèrent que le premier qui ferait apparaître une fleur aurait l’honneur de construire le monastère. C’est Zaya bandit qui parvient à faire apparaître la fleur dans son bol, mais Zanabazar, remarquant que le bol ressemblait au sien, le soupçonna de tricherie. Zaya bandit avoua alors avoir interverti son bol avec celui de Zanabazar au cours de leur méditation. Toutefois, puisque c’est bien devant Zaya bandit que la fleur était apparue, Zanabazar lui accorda le droit de construire le monastère et bénit l’endroit. Mais il avertit Luvsanperenlei qu’à cause de son acte, ses disciples auraient une tendance au vol29. Le temple qu’il bâtit, dans les années 1680, est le Güden süm.
 
          L’association de Luvsanperenlei à la magie est présente dans une autre anecdote : il aurait étudié dans un grand monastère du Tibet, mais n’aurait pas consacré beaucoup de temps à l’étude des sutras et ne se serait pas entendu avec les autres moines. Luvsanperenlei se serait alors installé dans une yourte mongole à proximité du monastère, pour vivre et étudier par lui-même. Un jour, un Tibétain venu voir comment il progressait dans ses études trouva Luvsanperenlei jouant à un jeu d’enfants, « les moutons et les loups » avec de petites figurines modelées dans de la farine. Alors que le lama le sermonnait, l’accusant de perdre son temps, les figurines seraient venues à la vie et se seraient poursuivies les unes les autres autour de la table. Le moine lui aurait alors annoncé : « Tu es vraiment le Zaya bandit. Il n’est pas nécessaire que tu étudies les sutras, puisque tu as déjà maîtrisé la magie »30.

          Les successeurs


          Le deuxième Zaya gegeen, Luvsannyandag (1717-1765)31, le troisième, Luvsanjigmeddorj (1766-1803) et le quatrième, Luvsanjigmednamjil (1804-1866/1867), étaient tous trois fils de nobles des khanats Tüsheet khan ou Sain noyon khan32. Luvsanjigmeddorj fut distingué par l’empereur en 1802 ; il reçut un char jaune et fut autorisé à pénétrer dans la Cité interdite en char, privilège exceptionnel que seuls quelques grands réincarnés obtinrent. Il composa de nombreux ouvrages mais ne fonda pas de temple. Luvsannyandag et Luvsanjigmeddorj étudièrent au Tibet. Luvsanjigmednamjil fonda en 1829 la faculté de Kalachakra33 et reçut de l’empereur une chaise à porteurs orange. En 1833 il construisit au sud du mont Norovlin le monastère Ölzii badruulagch süm, dont le nom fut en 1862 changé en Bükh yeröölt süm34.

          Le cinquième Zaya gegeen Luvsanchoijivanchig (1866-1904)35 naquit dans la bannière Kanjur gung du Sain noyon khan aimag, et resta célèbre pour son ambition et ses extravagances. Il menait une vie séculière, et Pozdneev qui visita le monastère en 1892 ne parvint pas à le rencontrer car il était parti chasser (activité naturellement strictement interdite à un religieux)36. En 1883, avide de recevoir les faveurs impériales, il fit une pétition afin de participer aux tours pour rendre hommage à l’empereur à Pékin, ce qui fut approuvé par l’amban (représentant impérial) d’Uliastai et par la Cour des Affaires coloniales (le Lifanyuan). Mais sur l’autorisation qu’il reçut en 1885 – erreur ou intrigue du Lifanyuan ? – était écrit « Zayain gegeen » (son appellation commune par le peuple) et non « Zayain khuvilgaan », aussi lui refusa-t-on d’entrer dans Pékin, l’accusant d’être un imposteur. Après maints rapports et pots de vin – il donna huit mille taëls d’argent aux lamas de Pékin pour leur aide –, de retour chez lui, il réitéra sa demande. Il fut à nouveau convié à Pékin en 1889 et reçut les distinctions qu’il désirait (le droit de s’asseoir sur un coussin de zibeline et de se déplacer dans un carrosse jaune), ce qui lui coûta trente mille taëls d’argent qu’il possédait, plus vingt mille taëls qu’il emprunta à un marchand chinois : son administration (i.e. ses shav’nar) auraient donc à rembourser une dette de vingt mille taëls avec un intérêt annuel de six mille six cent taëls. À son retour, il se fit bâtir un palais dans une partie séparée du monastère, Dood khüree, pour dix mille taëls d’argent. Ainsi, en dix ans, il ruina ses shav’nar et les plongea dans un endettement qui ne pourrait jamais être comblé. Les lamas âgés rapportèrent à Pozdneev que les précédentes réincarnations cherchaient à transplanter le Tibet en pays Khalkha, alors que l’actuelle se soumit aux Chinois – ses créanciers –, qui vivaient et donnaient des ordres dans le monastère37.

          Son successeur, Luvsantübdenchoijilinyam, encore nommé Jambaceren (1904/1905-1932), né dans le khanat Sain noyon khan, intronisé en 1908, fut arrêté en 1929 et assassiné en 1930 ou 193238. Le septième Zaya gegeen, Luvsandanzanpüljinjigmed (né en 1972, reconnu par le Dalaï lama en 1989), est une des rares réincarnations retrouvée dans l’actuelle Mongolie. Il est reconnu comme le chef spirituel du Zayain khüree et de sa filiale dans la capitale, et étudia de 1999 à 2004 au monastère tibétain de Sera réimplanté en Inde du Sud39. Il vit aujourd’hui à Oulan-Bator et revient occasionnellement au monastère.

          L’histoire du Zayain khüree

 
          Une grande confusion, due aux souvenirs disparates de personnes âgées qui ont connu le monastère avant 1937 et de descendants de moines défroqués, règne dans les dates, l’ordre et le nom des différentes constructions. Le projet « Documentation of Mongolian Monasteries », qui a recherché les anciens moines au cours d’un recensement des monastères de Mongolie en 2006-2007, n’aurait trouvé aucun religieux provenant de Zayain khüree, malgré la taille importante de ce monastère au début des années 193040. On ne possède pas non plus d’archives sur le monastère41.
Le monastère s’est construit progressivement à partir de la fin du XVIIe siècle. J’ai rassemblé dans un tableau ci-dessous les principales dates de fondation selon trois sources principales (Tableau 1).
 
Tableau 1
 Dashnyam (dir.) 1999 : 258
Daajav 2006, vol. 2 : 104, 186-187
 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 19, 29-33
 1586   un dugan
 1631 1ère construction  
 1653  dugan de Sandui khuvilgaan 
 1679   Construction du monastère – 5 datsan, 200 lamas, temples Günreg et Demchig – qui reçoit le titre de Gandan tegchlen tögs bayasgalant,
 fin du XVIIe siècle Güden süm, Lavran, Semchin  
 1696 Güden süm transformé en Lavran  
 1699  Fondation du Zayain khüree 
 1700   Buyanig delgerüülegch
 1711  Buyanig delgerüülegch, Güshig, Gungrig, Jar, Tsogchin et Semchin de gauche et de droite (Güden des Zaya). 
 1730s   Le Dalaï Lama offre la construction du Choir datsangiin süm
 1735 ou 1737  Octroi d’un territoire indépendant Obtient un territoire indépendent, fondation du Shanzov yamen
 1738   Janraisegiin süm
 1739   Khanchin süm
 1793   Zankhan süm
 1802 Semchin de droite et de gauche  
 1808-1809 Khural dugan, Semchin vert et Tsogchin dugan  
 1829   Düinkhorin süm
 1859   Bulgani takhilin süm
 1833    Ölzii badruulagch (= Dood khüree ?)
 1862   Le temple Ölzii badruulagch est renommé Bükh yeröölt süm
 1887 Restauration Restauration 
 1889  mausolée (Shashin shütleg tsogtsolbor) et Dood khüree 
 1909-1910 Grande restauration  
 Vers 1920-30   Lavrin, Semchin süm et le Niser burkhani süm sur le sommet de Bulgan
 1971 Sous la protection de l’aimag  
 1994 Sous la protection de l’État  


          Ölziibuyan et Chuluun font remonter la fondation d’une première salle d’assemblée (un dugan42) au sud du mont Bulgan en 1586 – date de la fondation d’Erdene zuu – par le prédécesseur de Luvsanperenlei, ce qui demanderait à être confirmé par des sources écrites. L’architecte Daajav ainsi que Dashnyam, auteur d’un ouvrage sur le patrimoine historique et architectural de Mongolie, font remonter la première fondation à 1631, ou aux années 1631-1640. On fit appel pour le construire aux talents de forgerons mongols et d’artistes alors célèbres comme Dandarjamyang, Borchavga et Jigden43 : il s’agirait peut-être d’un temple en dur, et non d’un temple yourte, ces derniers étant pourtant bien plus répandus chez les Khalkha au XVIIe siècle. Le temple fut nommé dugan de Sandui44 khuvilgaan, car, selon une tradition locale, il aurait été bâti par un riche éleveur local, un certain Dugar, pour l’offrir à un lama nommé Sandui. Sandui avait étudié au Tibet et était renommé pour sa pratique de la magie45. C’est sans doute le rapprochement entre ce Sandui, s’il a jamais existé, et le premier Zaya bandit qui a attribué à ce dernier une réputation de thaumaturge. Le dugan de Sandui khuvilgaan a été préservé (voir infra). Avant la véritable fondation du monastère par Zaya bandit Luvsanperenlei existait donc déjà un temple de petite dimension.
 
          C’est probablement dès son retour du Tibet en 1679 que Luvsanperenlei commença la construction du monastère à une plus grande échelle46. Daajav affirme que le premier temple construit par le Zaya bandit était abrité sous la yourte47. Il s’agissait peut-être du Güden süm (le futur Lavran)48.

          En 1687-1688, puis à nouveau en 1690-1691, les Mongols occidentaux Zungar, qui avaient fondé un empire au Turkestan oriental, envahirent les Khalkha. Menés par Galdan Boshigt (1644-1697), ils envahirent et dévastèrent les territoires du Tüsheet khan et du Jasagtu khan, et détruisirent de nombreux monastères, dont Ikh khüree, le grand monastère itinérant de Zanabazar, Övgön khiit et Sardgiin khiid. Mais une légende circule sur le monastère de Zaya bandit : Galdan Boshigt aurait épargné Zayain khüree parce qu’il connaissait personnellement le Zaya bandit et le considérait comme son maître (peut-être s’étaient-ils rencontrés au Tibet). De surcroît, Galdan aurait ordonné la construction d’un nouveau temple sur une élévation au-dessus du monastère, qui fut nommé Galdan zuu, et y aurait fait installer une grande statue de Maitreya, le bouddha à venir49. On sait que Luvsanperenlei tenta de mettre fin à la guerre, mais il est possible que cette histoire ait été inventée pour expliquer le nom de Galdan zuu, « temple de Galdan » donné au petit temple sur la hauteur. Rappelons cependant que Galdan ou Gandan (< tib. dga’-ldan, « joie », également la traduction du paradis Tushita), est un terme très courant dans les noms de temples et de monastères, en référence à un des principaux monastères académiques Gelugpa fondés par Tsongkhapa au Tibet central.

          En 1696 Luvsanperenlei transforma le Güden süm en sa résidence, le Lavran50. Il y résidait et y menait les assemblées religieuses, et, à l’étage, fonda une bibliothèque remplie des dix-neuf charrettes de livres rapportées du Tibet. Le monastère fut par la suite réputé pour son exceptionnelle bibliothèque.

          Zanabazar, qui avait placé les Khalkha sous la protection de l’empereur mandchou lors des invasions Zungar et les avait menés à se rallier, ou à se soumette selon le point de vue, à l’empereur lors d’une grande assemblée à Dolonnor en Mongolie méridionale (1691), était rentré en Mongolie vers 1700. Entre 1700 et 1719, date de la mort de Luvsanperenlei, Zanabazar établit son monastère itinérant Ikh khüree à un lieu dit Tsetserlegiin erdene tolgoi51, et le dédia au bodhisattva Tara. En 1706, il construisit sur ce site un temple dédié à Dara ekh (Tara) pour abriter les statues des Vingt-et-une Tara (aujourd’hui conservées dans le musée du palais d’Hiver à Oulan-Bator). Étant donné que la ville qui se forma autour de Zayain khüree est connue sous le nom de Tsetserleg (« jardin »), Don Croner (2006 : 39), à la suite de Patricia Berger (1995 : 263), a émis l’hypothèse convaincante que le monastère de Tsetserligiin erdene tolgoi était en réalité Zayain khüree, auquel cas erdene tolgoi, « colline/pic précieux » serait une référence au mont Erdene Bulgan. On peut donc penser qu’à cette époque, les premiers temples fondés par Luvsanperenlei ainsi qu’un nouveau temple de Tara étaient situés à proximité voire entourés par les temples démontables et les yourtes du grand monastère nomade de Zanabazar. Cette supposition semble confirmée par le fait que Zanabazar et Luvsanperenlei auraient écrit des prières à Tara pour la consécration du temple52. Une photographie du début du XXe siècle montre un temple dédié à Tara au Zayain khüree (fig. 29).

          Vers 1711 ou peut-être dès la fin du XVIIe siècle, Luvsanperenlei agrandit le monastère en le dotant de facultés (datsan53). Il fit bâtir le Tsogchin khural, la principale salle d’assemblée du monastère54, les facultés Güshig, Gungrig, Jar, les temples Semchin de gauche et de droite (reconstruits ?) et le temple de Demchig (Hevajra). Le monastère reçut alors l’appellation de Tögs bayasgalant buyaniig delgerüülekh khiid55, et obtint la reconnaissance de l’empereur mandchou (ce qui s’accompagne généralement d’une plaque en bois portant le nom officiel du monastère en plusieurs langues, qui est accrochée sous l’auvent du temple principal).

          Au début du XVIIIe siècle, le monastère comptait alors cinq facultés monastiques et environ deux cent moines. Zanabazar offrit à Luvsanperenlei des écharpes votives, dix taëls d’or, cinquante taëls d’argent, des peaux de zibeline, dix-neuf chevaux de monte, trente hongres, ainsi qu’un coussin et son dosseret56 pour commémorer sa fondation. En 1715, Luvsanperenlei décéda et sa momie fut placée dans un stupa abrité dans le Lavran süm57. Les constructions continuèrent après la mort du fondateur.

          Au début de l’année 1887, on fit appel à des forgerons et artisans mongols renommés pour restaurer la plupart des temples58. Pozdneev, qui visita le Zayain khüree à cette période, remarqua que l’ensemble était très propre et ordonné et décrivit les ornements dorés des temples brillant au soleil59. À son retour de Pékin vers 1889 le cinquième Zayain gegeen Luvsannamjil installa le mausolée de ses réincarnations précédentes, nommé Shashin shütleg tsogtsolbor, dans le Güden süm (Lavran), et fit édifier ou compléter le complexe de Dood khüree, « monastère inférieur » à une distance d’environ cinq verstes (environ cinq kilomètres) de l’ancien monastère. On appela les deux parties Deed et Dood khüree60 :

          - Le Deed khüree, « monastère supérieur », était la partie principale. Il comprenait vingt-six temples (süm dugan) et était divisé en six départements ou « maisons » (aimag) avec des quartiers pour les moines.

          - Le Dood khüree, « monastère inférieur », était divisé en deux départements avec des quartiers pour les moines61. Il servait essentiellement de palais pour le Zayain gegeen. Le palais et son enceinte suivaient les principes de l’architecture chinoise, et coûta environ dix mille taëls d’argent.

          Les Deed et Dood khüree n’étaient en fait qu’un seul et unique monastère, formé de huit départements qui avaient leurs propres temples et organisaient leurs festivals62.

          À l’époque de la sixième réincarnation, le treizième Dalaï lama passa neuf mois en 1905-1906 à Zayain khüree après son départ du Tibet en 1904. Ja lama Dambijantsan (1862-1922), qui joua un rôle important dans la lutte pour l’indépendance mongole, séjourna également au monastère63. En 1909-1910, une deuxième restauration eut lieu, à la suite d’un tremblement de terre.


          Entre 1691 et 1735, le monastère était situé sur les terres du Tüsheet khan puis du Sain noyon khan aimag créé en 1725. En 1735 ou 1737, le Zaya gegeen obtint la pleine reconnaissance des autorités mandchoues. Un édit impérial lui attribua un territoire indépendant, séparé de la bannière ; il était désormais un khutukhtu avec sceau possédant des pouvoirs temporels sur les sujets de son territoire monastique64. Ce territoire figure sur les cartes jusqu’en 1925 comme le district (otog) des shav’nar du Zaya gegeen khutugtu (Zayain gegeen khutagtiin shav’nar)65.

          Pozdneev fournit des informations sur l’économie du monastère à la fin du XIXe siècle66. Le Zaya gegeen avait juridiction sur environ mille yourtes, soit cinq mille shav’nar, qui étaient attachés administrativement à un des huit départements du monastère. L’administration dépendait du Bureau des Sceaux du Zaya gegeen, géré par un shanzov67 , qui avait sous ses ordres un jaisan garde du sceau, un jaisan secrétaire et gardien des archives, et un darga. Les shav’nar s’occupaient des troupeaux et menaient les caravanes de chameaux chargées du commerce entre Ourga et Kiakhta au nord-est, Uliastai à l’ouest, Hohhot et Kalgan au sud. Mais pour faire face aux dettes du monastère à la fin du XIXe siècle, un grand nombre de chameaux furent vendus et le commerce déclina68. Les dettes étaient en grande partie supportées par les shav’nar. Pozdneev assista à la venue de Chinois réclamant le paiement de la dette à l’administration du monastère – la dette de vingt mille taëls d’argent contractée en 1889 auprès du marchand Bayan Zargal avait alors doublé. Selon la loi, les intérêts ne pouvant pas dépasser le montant initial, la dette fut figée, c’est alors que les Chinois en exigèrent le paiement immédiat, ce qui fut impossible. Aussi, pratique courante, le commerçant imposa une nouvelle dette de quarante mille taëls avec intérêt annuel de treize mille deux cents taëls. Le contrat fut signé lors du passage de Pozdneev. Afin de payer les intérêts, une nouvelle dette annuelle de treize taëls d’argent par tête fut contractée auprès des shav’nar, qui ne pouvaient pas payer non plus. Il y avait dans les années 1890 près de trente boutiques chinoises à proximité du monastère, dont l’activité principale était la récupération du remboursement : elles confisquaient des bêtes aux familles de shav’nar. Ces pratiques étaient alors courantes dans toute la Mongolie69.

          L’économie du monastère et des terres situées sous sa juridiction a été évaluée sous le règne du Bogd khaan. En 1918, Zaya gegeen possédait 70 323 moutons, et le monastère, dix mille70. On dénombrait en 1924 deux mille quatre cent familles de shav’nar, soit 16 169 habitants71 En 1929, l’ensemble des possessions du monastère et de sa réincarnation, y compris les palais, soieries, or et pierres précieuses, fut évalué à 23 600 tögrog72.

          Le Zayain khüree était une gigantesque ville monastique prenant modèle sur les monastères du Tibet central. Dans les années 1920, le Zayain khüree était un des plus importants monastères de Mongolie – et le principal monastère sur environ soixante monastères du Sain noyon khan aimag –, avec environ mille à deux ou trois mille « moines »73 et huit départements. Les pèlerins le surnommaient le « Tibet du nord » (de même que plusieurs autres monastères du pays). Le Zayain khüree était également célèbre pour ses rituels dansés tsam (< tib. ’cham), qui se tinrent pour la dernière fois en 193274. Il rassemblait jusqu’à quatre mille moines pendant ses principaux festivals annuels. La divinité tutélaire du monastère était la déesse courroucée Lhamo (Okhin tengri)75.

          À la période communiste, les moines de l’Arkhangai opposèrent une forte résistance « anti-révolutionnaire » et les monastères furent alors l’objet de destructions massives. Le sixième Zaya gegeen fut assassiné par les communistes en 1932 et le monastère fut rasé à l’exception de quatre bâtiments qui font l’objet de la présente étude. Avant la fondation du musée au début des années 1960, certains servirent de caserne de pompier, de marché, de stand de tir pour l’armée et de bureaux de l’usine de produits laitiers. Après le tremblement de terre de 1968, en 1977, une restauration fut entreprise par les Vietnamiens – ce sont également eux qui, à la même période, restaurèrent le cœur du grand monastère d’Amarbayasgalan : le Vietnam étant alors le seul pays frère qui possédait les compétences techniques pour restaurer des charpentes chinoises. En 1971, le monastère fut placé sous la protection de la province de l’Arkhangai, et en 1994 sous protection de l’État. D’autres restaurations eurent lieu en 1988 et dans les années 1990, et le musée fut étendu aux temples latéraux.

          Résumons ici les dates concernant les cinq bâtiments ayant été préservés :
          . 1631 ou 1653 : construction du dugan de Sandui khuvilgaan, encore appelé Sandui süm ;
          . Années 1680 : construction du Güden süm et des Semchin de gauche et de droite ;
          .1696 : Güden süm transformé en Lavran, résidence du Zaya bandit ;
          . 1711 : construction du Tsogchin khural et (re)construction des deux Semchin ;
          . début du XVIIIe siècle : plus grande période de prospérité du monastère ;
          . 1715 : décès de Luvsanperenlei ;
          . 1887 : première grande restauration ;
          . 1909-1910 : deuxième grande restauration ;
          . Fin des années 1930 : destruction du monastère à l’exception du Tsogchin, du Sandui süm, du Lavran (Güden süm) et des deux Semchin. Le Lavran abrite une caserne de pompier ; le Sandui süm abrite alors le premier musée
          . 1968 : tremblement de terre ;
          . 1977, 1988, 1990 : restaurations ;
          . Années 1990 : le Lavran et les deux Semchin abritent le musée, et le Sandui süm une communauté monastique. Le Tsogchin, laissé à l’abandon, est progressivement démembré par la population qui en ponctionne les matériaux de construction ;
          . 1993 : reconstruction du Galdan zuu.

          Aspect physique du monastère

 

          Situation


          Soulignons de premier abord que les caractéristiques géomantiques du terrain semblent excellentes – la recherche d’un terrain possédant une configuration idéale est en effet une étape essentielle précédant la fondation en dur de tout monastère, et l’on n’hésitait pas à faire venir de loin un lama astrologue, voir même un spécialiste chinois de fengshui. Le monastère est situé sur une pente au pied du mont Bulgan et est entouré de tous côtés par des ruisseaux descendant de la montagne. C’est pour l’accès aux sources que les certains temples auraient été construits plus haut sur la pente. L’eau de source qui coule de la montagne était suffisante pour abreuver tous les habitants du monastère76. Le terrain est un ancien site sacré, vénéré depuis longtemps, et l’on sait que les monastères recherchaient particulièrement les anciens sites sacrés réputés être des « lieux de pouvoir ».

          Le site est appelé Erdene Bulgan khairkhan uul (« Précieux mont Bulgan miséricordieux »77), aujourd’hui simplement chaîne des Bulgan. Ce monumental massif de granit culmine à plus de 2 400 mètres, soit 670 mètres au-dessus de la vallée de la rivière Tamir. Ses neuf pics portent le nom d’un des neuf métaux et pierres précieuses : or, argent, bronze, perle, corail, turquoise, laiton, cuivre et lapis-lazuli. Le site appartient aujourd’hui à la réserve naturelle de Bulgan uul (48 km2)78.

          La forme caractéristique du mont Bulgan donne une identité particulière au monastère qui est ainsi immédiatement reconnaissable sur les peintures et les photographies le représentant. Les moines expliquèrent à Pozdneev que la géomancie du site rappelait celle du Potala et de la ville de Lhasa. Pour en accroître la ressemblance, Luvsanperenlei renomma les ruisseaux « rivières » et leur donna des noms de rivières tibétaines : par exemple le ruisseau nord, le Mürüi gol, prit le nom de la rivière coulant à la frontière nord du Tibet79. Les grands monastères mongols s’identifiaient en effet souvent aux principales villes monastiques tibétaines, et leurs guides de pèlerinage décrivaient le pèlerinage local comme étant équivalent à celui de Lhasa.

          Enfin, le monastère est également bien placé à proximité des routes névralgiques de commerce sino-mongolo-russe, entre Ourga, Uliastai et Kiakhta au nord, Hohhot et Kalgan au sud : sa prospérité doit certainement autant à son site favorable et à la renommée de ses réincarnations qu’à sa situation géographique.

          Deed khüree : la partie principale 

  
          Le Zayain khüree s’affirma dès sa principale fondation comme un monastère académique80. Ces derniers, généralement fondés par ou pour une personnalité religieuse charismatique ayant étudié au Tibet, mettaient l’accent sur le cursus universitaire dans quatre ou cinq facultés majeures (généralement l’étude de la doctrine et de la philosophie bouddhique, du Kalachakra, de l’ésotérisme, de la médecine et de la méthode de Tsongkhapa pour atteindre l’Éveil, le Lamrin). Ces études, qui duraient entre dix et vingt ans et étaient pour les plus brillants sujets couronnées par le plus haut diplôme, celui de laramba81, ne concernaient que l’élite religieuse intellectuelle, soit environ un pour cent de la population monastique totale du pays. Dans les plus grands monastères, la faculté de doctrine délivrait un enseignement général. Elle drainait la majorité des étudiants qui, après avoir achevé les quinze ans de ce cursus, pouvaient s’orienter vers les disciplines que proposaient les autres facultés. Les études, onéreuses et difficiles, nécessitaient souvent de changer de monastère pour suivre plusieurs spécialités et passer dans les cursus supérieurs82.

          Les grands monastères académiques, comme Gandan et Züün khüree à Ourga, et le Batgar choiling süm83 en Mongolie méridionale, possédaient suffisamment de troupeaux, de terres, et des revenus variés pour vivre en autosuffisance, et n’organisaient que peu de grands festivals annuels. Au contraire, les monastères dits « ritualistes », ayant plus de contacts avec la vie séculière, dépendaient de leurs donateurs, et mettaient l’accent sur les rituels collectifs et privés pouvant attirer les donations, dans une année liturgique bien remplie.

          L’ordre des fondations du Zayain khüree est logique : le premier dugan de Sandui khuvilgaan servait à la fois de temple et de salle d’assemblée ; puis Luvsanperenlei fonda le Güden süm mais choisit par la suite d’en faire sa résidence ; il fut donc nécessaire de construire en 1711 une nouvelle salle d’assemblée, plus grande, pour la communauté en expansion. Rappelons qu’un monastère mongol peut être réduit au strict minimum à une salle d’assemblée, une cuisine, et des résidences monastiques84.

          Luvsanperenlei bâtit en même temps, ou peu après, des facultés calquées sur celles des grands monastères tibétains. Ces facultés reprenaient l’organisation des études, la liturgie, le déroulement des grands festivals et parfois l’architecture des facultés de Drepung, Ganden, Sera, Labrang… Comme au Tibet, chaque faculté possédait une salle d’assemblée où se déroulaient enseignements et rituels, et dont l’architecture privilégiait l’influence tibétaine, ainsi que des bâtiments administratifs, une cuisine et un magasin : les facultés fonctionnaient comme des entités économiques distinctes, chacune ayant ses finances propres, et se constituaient en départements (aimag).

          Le développement du Zayain khüree peut être comparé à celui du Batgar choiling süm, fondé au début du XVIIIe siècle, du Beiliin süm (ou Bat khaalga süm) en Mongolie méridionale), fondé en 1708, et du Tsagaan diyanchiin khiid (est de la Mongolie méridionale), fondé à la fin du XVIIIe siècle85. Comme au Batgar choiling süm, les premiers temples furent bâtis au fur et à mesure, selon la place disponible : on aboutit ainsi à un plan « organique » caractéristique des monastères tibétains (par opposition au plan axé, orienté, symétrique de monastères influencés par l’architecture chinoise et conçus d’emblée sur une grande échelle, comme Amarbayasgalan khiid). Le Zayain khüree était dépourvu de mur d’enceinte mais certainement entouré d’un chemin de circumambulation qu’empruntaient les pèlerins dans le sens des aiguilles d’une montre86.

          Puis s’ajoutèrent certainement des stupas – monuments emblématiques du bouddhisme, qui furent les premiers édifices religieux à être détruits –, des temples et autels dédiés à différentes divinités, comme Avalokiteshvara, Maitreya, Tara et les divinités protectrices, des bibliothèques, ateliers d’artisanat, bureaux, cuisines, écurie, prison, cellules ou grottes de méditation, etc.87. Trait particulier des monastères mongols, les temples étaient souvent ceints d’une palissade ou d’une petite enceinte individuelle.


          Le plan du monastère est encore difficile à reconstituer à ce stade de mes recherches. Les sources écrites donnent non seulement des dates de construction différentes, mais également parfois des noms différents pour un même temple.
 
Vue d’ensemble prise depuis le nord du monastèreVue d’ensemble prise depuis le nord du monastère
Fig. 1. Vue d’ensemble prise depuis le nord du monastère au début du XXe siècle. © Tsultem 1988 : 133
Fig. 2. Vue d’ensemble prise depuis le nord du monastère, 2009. On aperçoit les trois toits du Lavran et, à droite, le Tsogchin en ruines. Les trois temples de la fig. 1 situés au premier plan ont disparu. © Isabelle Charleux.
 
          Les sources visuelles les plus fiables sont treize photographies antérieures aux destructions des années 1930. certaines ont été publiées dans des ouvrages en mongol et en russe sur l’architecture88, d’autres sont conservées dans le musée et dans les archives nationales. Une photographie ancienne prise depuis le nord, sur l’élévation à l’arrière des temples, donne une idée de l’étendue du monastère (fig. 1 ; voir comparaison avec une photographie prise en 2009 : fig. 2). Les photographies ne correspondent pas toujours aux peintures, ce qui peut s’expliquer par le fait que d’une part les deux types de documents ne sont pas contemporains, et que d’autre part les peintres ont pris quelques libertés, et ont souhaité privilégier certaines parties du monastère. Par ailleurs les légendes de certaines photographies sont erronées, et des personnes âgées n’ayant pas reconnu certaines images ont supposé qu’il s’agissait d’autres temples de la province. Une photographie est identifiée tantôt comme « Tsogchin dugan », tantôt comme « Choir datsan »89 : il ne peut s’agir du Tsogchin dugan, qui comportait quatre fenêtres en façade (fig. 30).
 
          Quatre peintures donnent une vue d’ensemble de la cité monastique. Toutes montrent la forme caractéristique de la montagne ornée de large peintures bouddhiques visibles à une certaine distance, ainsi que le Galdan zuu, à mi-chemin :
 
 
Peinture du Zayain khüree

Fig. 3. Peinture du Zayain khüree, 22,5x22 cm, fin du XIXe siècle, conservée au Musée des Beaux-Arts Zanabazar, Ulaanbaatar. © Tsultem 1986 : n°156

 
Détail de la fig. 3
 Fig. 4. Détail de la fig. 3 : au centre, le Tsogchin ; au-dessus, le Galdan zuu. © Isabelle Charleux.

          1) Une peinture attribuée à un certain Damba et datant de la fin du XIXe siècle (fig . 3, fig. 4). Les parties inférieures et supérieures semblent avoir été coupées. Le Tsogchin, précédé de deux stupas, est bien identifiable ; le Sandui süm est absent (sans doute était-il représenté sur la partie manquante). Derrière le Tsogchin, un temple tibétain à toit plat est orné en son sommet de petits stupas : il s’agit du Güshig datsan ; à gauche on croit reconnaître les deux bâtiments de la photographie identifiée tantôt comme « Tsogchin dugan », tantôt comme « Choir datsan » (fig. 30).

          2) Une peinture de 1938 – date de la destruction du monastère – fait usage de la perspective occidentale avec point de fuite unique (fig. 5, fig. 6). Cette peinture semble être la plus lisible et la plus complète ; toutefois, en dehors des quatre temples bien localisés (Tsogchin, Sandui süm, Lavran, Galdan süm), les bâtiments alentours n’ont que peu de rapport avec les photographies.
 
 
Peinture du Zayain khüree

 Dessin du Zayain khüree

Fig. 6. Dessin du Zayain khüree réalisé à partir de la peinture de 1938 (fig. 5). © Maidar 1972 [1970] : fig. 118.

1. Tsogchin ; 2. Lavran ; 3. Sandui süm ; 4. Güshig datsan ; 5. Gungrig datsan ; 6. Avag datsan ; 7. Galdan zuu

Fig. 5. Peinture du Zayain khüree datée de 1938 conservée dans le musée actuel. © Isabelle Charleux 

          3) Une peinture de R. Renchen intitulée Mogchin (40x58 cm), datée de 1957, conservée à la Mongolian National Modern Art Gallery à Ulaanbaatar90. On distingue le Galdan zuu, le Sandui süm et au centre, un groupe de cinq bâtiments. La reproduction manque de netteté, mais on peut rapprocher la partie gauche de la photographie fig. 30. Mais la peinture, sur laquelle on peine même à reconnaître le Lavran, est-elle fidèle à l’état du monastère en 1957 ?

          4) Une peinture datant sans doute de la fin du XXe siècle, conservée dans le musée actuel, montre au premier plan à gauche, le Sandui dugan ; à l’arrière-plan, le Galdan zuu, et au centre, ce qui devrait correspondre au Tsogchin, ainsi que les deux Semchin (les trois toits de tuiles vertes du Lavran ne sont pas visibles). La toiture du Tsogchin est très différente de celle du bâtiment ancien et évoque un marché. Cette peinture est probablement peu fidèle à son modèle, mais suggère une hypothèse intéressante quant à la transformation récente du bâtiment.

          D’autres peintures, comme celle du tsam au Zayain khüree (conservée dans le musée) montrent des bâtiments fantaisistes.

          Une maquette exposée dans le musée reconstitue une partie du monastère à partir de la peinture de 1938, mais a omis certains temples en raison de la profondeur de la vitrine, et présente des reconstitutions fantaisistes : il ne s’agit pas d’une source fiable. L’architecte Daajav a également dessiné un plan simplifié du monastère suivant les indications de personnes âgées91, mais ce plan comporte de nombreuses erreurs. Je resterai donc très prudente quant à l’identification des différents bâtiments.

          On comptait au Zayain khüree cinq facultés (dacan), vingt-trois à trente temples (süm – sanctuaires et dugan – salles d’assemblée) et quarante-et-un magasins san et jas92 entourés d’un millier de yourtes où logeaient les moines93. Tous les temples étaient orientés vers le sud, comme de coutume, et étaient plus ou moins alignés sur des axes horizontaux parallèles est-ouest à la pente.
 
 
Tsogchin dugan vu du nord-ouest
 Fig. 7. Tsogchin dugan vu du nord-ouest, photographie du début du XXe siècle.
© Maidar 1972 [1970] : fig. 78.

          - 1) à l’ouest du Lavran, le Tsogchin, grande salle d’assemblée, était le principal édifice du monastère. C’était d’après les photographies (fig. 1, fig. 7) et les ruines du bâtiment (fig. 8 à 13) une vaste salle hypostyle en briques et en bois.
 

Façade du Tsogchin

Fig. 8. Façade du Tsogchin, 2009. © Isabelle Charleux

Mur en ruine du Tsogchin

Vestibule du Tsogchin

Fig. 10. Vestibule du Tsogchin. On distingue les modillons en extension et les pétales de lotus et « empilements de la loi religieuse » (motifs de losanges) de l’entablement. Photo de F. Laudrin © Musée d’Anthropologie de Monaco 2007

 Fig. 9. Mur en ruine du Tsogchin. Photo de J.-F. Bussière © Musée d’Anthropologie de Monaco 2007 

Détail de l’encadrement de la porte du Tsogchin

Fig. 11. Détail de l’encadrement de la porte du Tsogchin, 2009. © Isabelle Charleux

Piliers montant sur deux niveaux

Fig. 12. Piliers montant sur deux niveaux à l’intérieur du Tsogchin, 2009. © Isabelle Charleux

 Ruine du Tsogchin dugan
  Fig. 13. Ruine du Tsogchin dugan avec mur en torchis et croisillons probablement ajouté au cours du XXe siècle. Photo de J.-F. Bussière © Musée d’Anthropologie de Monaco 2007
 
          Il reste du Tsogchin une grande partie des murs, le vestibule et son portique, la porte principale et les piliers ; le toit a totalement disparu. Les personnes interrogées confirment que le bâtiment était encore debout en 1990 ; après cette date l’on a commencé à en récupérer les matériaux.

          Le bâtiment se tient sur une terrasse de 60 centimètres de haut. La façade est longue de 26 mètres dont plus de la moitié est occupée par un vestibule. Deux pièces fermées sont aménagées à l’est et à l’ouest du vestibule. C’est un bâtiment carré de neuf par neuf entrecolonnements à quoi s’ajoutaient les deux petites pièces latérales larges de deux travées (fig. 14) : ce plan symétrique est caractéristique des plus grandes salles d’assemblée mongoles94.
 
 
Plan du Tsogchin dugan
Fig. 14. Plan du Tsogchin dugan. © Daajav 2006, vol. 2 : 187

          Les piliers et la charpente du vestibule, soutenue par des chapiteaux et des soutiens d’entablement, sont de style tibétain. Les piliers du vestibule et les piliers encastrés dans les murs ont une section rectangulaire (31x36 centimètres). Les piliers du vestibule sont surmontés de chapiteaux soutenant un « arc court » et un « arc long », mais il s’agit d’une interprétation, certainement par des charpentiers chinois, du soutien d’entablement tibétain tel qu’il se développa à partir du XVe siècle – ce que Fernand Meyer appelle « l’ordre classique » de l’époque du Ve Dalaï lama (fig. 10)95. Le cadre de la porte reprend également les bandeaux concentriques de perles, de pétales de lotus et de losanges (« empilements de la loi religieuse ») « à coupe d’onglet » (les motifs sculptés des montants verticaux se prolongent sans discontinuité sur le linteau) des portes de temples tibétains (fig. 11)96.

          Les piliers intérieurs ont une section ronde (31 centimètres de diamètre). Les piliers centraux sont formés de troncs entiers ; transpercés par les poutres, ils montent sur deux niveaux pour soutenir le toit chinois qui couvrait sept par sept entrecolonnements : il s’agit ici d’une charpente intérieure de style chinois (fig. 12).

          Les murs sont en briques grises de tailles variées (environ 19x5,5 centimètres) liées par un mortier de terre, ce qui s’observe également, par exemple, au monastère Dambadarjaa au nord d’Oulan-Bator. Recouvertes d’une couche de torchis et peints, ils ont de 50 à 68 centimètres d’épaisseur.

          Des murs en planches et torchis renforcés de croisillons ont été élevés sans doute au XXe siècle à l’intérieur du bâtiment dont l’usage était alors détourné. Ce type de mur est répandu dans l’architecture vernaculaire de l’Arkhangai (fig. 13).

          Les photographies et les représentations picturales permettent de reconstituer la toiture du Tsogchin : le bâtiment était couvert d’un toit en terrasse entourant dans sa partie centrale un grand toit chinois à versant de type xieshan97 couvert de tuiles. La façade sud du toit chinois servait de lanterneau, éclairant par des ouvertures au sud la salle d’assemblée qui montait dans sa partie centrale sur deux niveaux. Les deux types de toits étaient ornés des habituels motifs de couronnement tibéto-mongols (ganjir – vase « à trésors » en forme de stupa, jaltsan – grand épi de faîtage cylindrique en cuivre contenant des sutras) et chinois98.
 
          Une photographie du temple vu du nord-est montre les dix ouvertures latérales du bâtiment (une par travée), et le toit chinois au centre de la salle d’assemblée : sur la terrasse, il était donc possible d’effectuer le tour du pavillon chinois (fig. 7). Si l’on omet le vestibule, le Tsogchin, qui montait sur deux niveaux dans sa partie centrale, était un bâtiment centré, symétrique et orienté, tel un mandala en trois dimensions. Alors que le grand temple tibétain contemporain se composait d’une salle d’assemblée et d’un sanctuaire à l’arrière99, le Tsogchin mongol, fréquemment, servait seulement de salle d’assemblée : les principales statues de culte (bouddhas des trois Ères, huit bodhisattvas etc.) étaient alors placées le long du mur nord du bâtiment, ou dans un bâtiment séparé100. Le Tsogchin du Zayain khüree peut tout à fait être comparé à celui du Baruun khiid (« monastère de droite », Alashan, Mongolie méridionale, datant des années 1730). Une vue plongeante du temple de Baruun khiid permet de mieux comprendre l’élévation de celui de Zayain khüree (fig. 15). L’origine de ce type de salle d’assemblée de plan carré se trouve probablement dans les monastères tibétains de l’Amdo (actuel province Qinghai, Chine)101.
 
 
Tsogchin du Baruun khiid vu du nord
 Fig. 15. Tsogchin du Baruun khiid vu du nord, monts Helan, bannière gauche des Alashan, Mongolie méridionale, 1995. © Isabelle Charleux.

          Le bandeau de couronnement, formé de rectangles de branchages ornés de disques métalliques et percés de longues gouttières était encadré d’auvents en tuiles et les ouvertures étaient surmontées de petits auvents de tuiles (fig. 7). Le Tsogchin était donc un bâtiment massif comparable aux Tsogchin des grands monastères de Mongolie et de Mongolie-Intérieure de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
 
 
Petit pavillon et deux stupas devant le Tsogchin
Fig. 16. Petit pavillon et deux stupas devant le Tsogchin. Photographie du début du XXe siècle.
 
          Les peintures fig. 4 et fig. 5 montrent le bâtiment entouré d’un mur d’enceinte ; au sud, de part et d’autre de la porte d’entrée, se tenaient deux stupas ainsi qu’un petit bâtiment de plan carré qui abritaient peut-être un grand moulin à prières (fig. 16). Devant le Tsogchin, plusieurs bâtiments secondaires à toits à versants, apparemment couvert de tuiles ou de bardeaux, et des yourtes, entourés de palissades de bois sont visibles sur une autre photographie ancienne du musée.
 
 
          - 2) Le Lavran, Lavrin ou Laviran (< tib. bla-brang) ou Güden süm est décrit en détail dans ce volume, aussi n’en dirais-je que quelques mots. Il servit principalement de résidence du Zaya gegeen, mais Pozdneev constata qu’il n’était pas habité lors de sa visite. Le Lavran est situé dans un ensemble architectural clos par un mur d’enceinte, avec pavillon d’entrée de style chinois (shanmen, reconstruit après 1938 – le pavillon actuel est récent), et tour de la cloche (aujourd’hui disparue).
 
 

Güden süm

Fig. 17. Güden süm, 1998. © Gérard Beilin

 
Entablement du Güden süm
 Fig. 18. Entablement du Güden süm, 2009. © Isabelle Charleux

          Pozdneev décrivait déjà l’architecture remarquable du bâtiment nord : il est coiffé de trois toits chinois si bien qu’une personne située à l’extérieur du mur aurait pu croire qu’il s’agissait de trois temples différents alignés102. Il s’agit d’un long bâtiment en briques, de plan barlong, précédé d’un péristyle aux piliers et à la charpente ornés de motifs tibétains ; au-dessus l’entablement est orné d’un double auvent de tuiles encadrant tantôt des rectangles de branchages (parties latérales), tantôt des tuiles-canal empilées de manière à ménager des trous (« open tile work ») formant des arabesques et des motifs circulaires103 (partie centrale). Cette façade (fig. 17 et 18) est comparable à celle, par exemple, d’un temple du Beiliin süm en Mongolie-Intérieure, datant du début du XXe siècle (fig. 19).
 
 Détail architectural, Beiliin süm
 Fig. 19. Détail architectural, Beiliin süm (Bailing miao百靈廟, bannières Darkhan Muu Minggan, municipalité de Baotou, Mongolie méridionale). © Isabelle Charleux.

          Le bâtiment est divisé au rez-de-chaussée en trois salles communiquant par des portes intérieures. Elles ouvrent sur l’extérieur par trois portes identiques aux bandeaux « à coupe d’onglet » et par des fenêtres à lattis. Les fenêtres des murs latéraux ont été bouchées. Les salles, qui abritent aujourd’hui la collection muséale, se divisaient ainsi : à l’ouest, le Güden (< tib. sku-rten) süm, temple des reliques104 ou préservait les stupas funéraires105 de Luvsanperenlei, Luvsannyandag, Luvsanjigmeddorj et Luvsanzhigmeddamjil106. La partie centrale était une chapelle où l’on rendait un culte à « Chodog » burhan107. La partie est servait sans doute de quartiers résidentiels du Zaya gegeen108.

          Les trois pavillons chinois (reconstruits) surmontent le centre des trois salles, dominant le toit en terrasse légèrement incliné. Les piliers centraux de la salle ouest montent sur deux niveaux pour supporter le pavillon chinois qui fait office de lanterneau éclairant la pièce. Le pavillon surmontant la salle centrale forme un étage distinct, et le pavillon surmontant la salle est monte sur deux niveaux au centre (sur un entrecolonnement) et forme un étage autour de ce puits central. Les seconds niveaux ne sont accessibles que par un escalier situé dans la salle est. Les différences entre les deuxièmes niveaux de chaque salle peuvent sans doute s’expliquer par leur fonction : la salle ouest ménageait un grand espace intérieur pour les stupas. La charpente intérieure est de style tibétain au rez-de-chaussée et dans le vestibule, et de style chinois à l’étage, lorsqu’elle soutient les pavillons chinois. De même, dans la salle ouest, les quatre piliers montant sur deux niveaux, de section ronde, soutiennent directement la charpente chinoise du toit.

          L’alignement des temples sur un axe est-ouest est fréquent en Mongolie109 ; mais la référence la plus évidente ici est les Gurvan zuu, les Trois temples d’Erdene zuu, fondés en 1585-1586 (bien que les temples d’Erdene zuu soient des architectures séparées).

          Ce bâtiment aurait été construit au XVIIe siècle comme un temple, puis transformé en lavran (résidence) en 1696, mais il a pu être en partie reconstruit en 1887 sur le modèle ancien, et subir encore des remaniements au cours du XXe siècle.
 
 
Semchin estChapiteau et soutien d’entablement du Semchin est
Fig. 20. Semchin est, 2009. © Isabelle Charleux
Fig. 21. Chapiteau et soutien d’entablement du Semchin est, 2009. © Isabelle Charleux
Salle ouest du Güden sümSalle est du Güden süm
Fig. 22. Salle ouest du Güden süm. On distingue les piliers de section ronde montant sur deux niveaux (charpente chinoise) et les piliers de section carrée en arrière-plan (charpente tibétaine), 2009. © Isabelle Charleux
Fig. 23. Salle est du Güden süm, charpente chinoise, 2009. © Isabelle Charleux

          Les dates de fondation des deux bâtiments jumeaux au sud-ouest et au sud-est du Güden süm, le temple Semchin d’été/de droite/de l’ouest, et le temple Semchin d’hiver/de gauche/de l’est, restent disputées110. Selon Dashnyam, en 1802, à l’époque du troisième Zaya gegeen, on a construit les Semchin de droite et de gauche avec un troisième niveau en bois couvert d’un toit à versants (les deux étages inférieurs étant une construction tibétaine en brique). L’ensemble formé par le temple central et les deux Semchin étaient alors plus homogène. En 1808-1809, on démantela le troisième niveau des Semchin qui furent renommés Khural dugan – salles d’assemblée111. Le Semchin de gauche servait aux réceptions, celui de droite abritaient des quartiers résidentiels.

          Le travail de menuiserie des deux Semchin est d’une grande qualité. Ce sont des architectures de briques à charpente de style tibétain ; leur toit est aujourd’hui en terrasse et un petit pavillon abrite la sortie de l’escalier. Les influences chinoises, plus marquées que dans le vestibule du Güden süm, portent sur la décoration d’auvents de tuiles entourant les décors de tuiles-canal, les ornements de la charpente (dragons, nuages), et les reliefs peints de pivoines et d’oiseau des portes, d’une grande délicatesse. La comparaison avec des bâtiments mongols du début du XIXe siècle semble confirmer la datation de Dashnyam. Leur façade a été modifiée au cours du XXe siècle ; ce n’est qu’en obtenant des photographies du tout début du XXe siècle que l’on connaîtra leur aspect ancien.
 
 
          - 3) Le Sandui süm (temple Sandui, nom mongol de la divinité tutélaire Guhyasamaja), c’est-à-dire l’ancien dugan de Sandui khuvilgaan, au sud, adopte une architecture chinoise (fig. 24). Il abrite l’actuel monastère Tögs bayasgalant buyaniig delgerüülekh khiid (deux stupas, des planches de prosternation et des moulins à prières ont été ajoutés après 1990 devant le bâtiment). C’est un bâtiment de type dian (bâtiment chinois de plan barlong couvert d’un toit à versants) de sept entrecolonnements sur quatre ; les murs en briques ne sont pas porteurs, ce sont les douze piliers intérieurs en bois, les six piliers du porche ainsi que les piliers encastrés dans les murs qui supportent la toiture. Caractéristique de l’architecture chinoise, le plan barlong permet un ensoleillement et un éclairage optimum par les ouvertures côté sud. Deux travées latérales à l’est et à l’ouest forment deux pièces séparées de la salle d’assemblée principale par un mur. Le temple est couvert d’un toit yingshan (toit simple à pignon). Selon les codes de l’architecture chinoise, il ne s’agit pas d’un bâtiment majestueux112. La charpente ornée de têtes de morts en bois indique la fonction ésotérique de ce temple (fig. 25). Le reste de l’ornementation est caractéristique des temples mongols d’architecture chinoise : vajra sur l’arête faîtière, décor de nœuds sans fin, formules de consécration en écriture lantsa sur les poutres… Toutefois ces éléments ne permettent pas de confirmer la date du temple, les techniques de construction chinoise n’ayant pas connu de modification majeure entre le XVIIe et le XIXe siècle. Le temple est très dégradé, la pente sud du toit a perdu ses tuiles et les planches sont couvertes d’herbe.
 
 
Sandui süm
Têtes de mort entre les architraves du Sandui süm
Fig. 24. Sandui süm, 2009. © Isabelle Charleux
Fig. 25. Têtes de mort entre les architraves du Sandui süm, 2009. © Isabelle Charleux
 
          - 5) Juste au nord du Tsogchin, le Güshig ou Günshig datsan113, sans doute édifié en 1711, était de style tibétain (fig. 26). Il ressemble au Grand datsan de Bereeven khiid (province Khentii), également fondé au début du XVIIIe siècle114. Le Güshig datsan prend modèle sur le grand gtsug-lag-khang du Tibet central, un temple oblong aux travées et vaisseaux réguliers, divisé en vestibule, salle d’assemblée avant et sanctuaire arrière, avec un étage au-dessus de la salle d’assemblée formé de galeries entourant un lanterneau, et un ou deux niveaux au-dessus du sanctuaire115. Le profil du temple était en « forme d’escalier », avec deux niveaux dans sa partie avant, et trois niveaux à l’arrière116. Ce type architectural attesté en Mongolie méridionale dès le XVIIe siècle devint beaucoup plus fréquent au milieu du XVIIIe siècle dans le monde mongol. La charpente du porche de style tibétain correspond à « l’ordre classique » de l’époque du Ve Dalaï lama117, et les ouvertures nombreuses et grandes sont caractéristiques du XVIIIe-XIXe siècles.
 
 
Güshig dacan
Fig. 26. Güshig dacan, photographie du début du XXe siècle. Maidar 1972 [1970] : fig. 79.

          Les murs légèrement à fruit étaient d’après Maidar construits en briques, enduits de terre et blanchis à la chaux ; du buis (niagt shar mod), recouvert par les briques mais laissé visible par endroits, a également été utilisé118. Les ouvertures avaient des corniches proéminentes ; le portique du porche était orné d’un fin travail de menuiserie de style tibétain, plus proche des modèles tibétains que le portique du Tsogchin décrit précédemment. Les motifs de couronnement en forme de stupas sont tout à fait originaux. Des canalisations permettaient l’écoulement des eaux de pluie et le toit, à cet effet, était légèrement en pente119. On comptait sur les côtés neuf ouvertures par niveau : il était au rez-de-chaussée à peu près de la même taille que le Tsogchin. Il était entouré d’une barrière de bois.

          Selon Pozdneev, c’était le temple préféré du deuxième Zaya gegeen, qui y fit placer de nombreuses statues représentant les missionnaires bouddhiques en pays Khalkha. Le deuxième Zaya gegeen aurait fait fixer des plaques portant le nom des temples au-dessus des portes de chaque temple, mais la seule que Pozdneev put remarquer était celle du Güshig : Tusa amuyulang-un orun tarni-yin tib, « La demeure des rétributions et de la tranquillité, le continent des dharani ».
 
 
          - 5) juste à l’est, le Gungrig ou Günreg datsan (fig. 27)120. Günreg est la forme abrégée de Günreg nambarnanzad (< tib. Kun-rig(s) rnam-par snang-mdzad, Skr. Sarvavid Vairocana)121. Son architecture reprenait en plus petites dimensions celle du Tsogchin – une grande toiture à versants au centre d’une salle d’assemblée d’apparence tibétaine. Les murs de brique étaient légèrement à fruit. Les piliers et les poutres du vestibule, de style tibétain, étaient surmontés de trois rangées de modillons en extension, et d’un bandeau de couronnement orné de dix motifs inscrits dans des carrés (têtes de lions et motifs de bon augure) encadré de tuiles. Il était entouré d’une barrière de bois.
 
 
Gungrig dacan (ou Tsogchin khamchingiin süm)
 Fig. 27. Gungrig dacan (ou Tsogchin khamchingiin süm), photographie du début du XXe siècle. Maidar 1972 [1970] : fig. 81.
 
          - 6) L’Avag datsan (Agva datsan, Avga datsan, Akhu datsan < tib. sngags-pa grwa-tshang) était la faculté spécialisée dans les études tantriques122. Il se trouvait parmi les temples de faculté alignés derrière le Tsogchin (fig. 1). Une photographie ancienne prise depuis le nord de la cité monastique montre deux imposants temples à étage de type gtsug-lag-khang tibétain au profil en escalier : il s’agit, à gauche, de l’Avag datsan, et à droite, probablement du Güshig dastan. Pozdneev le nomme « Ngakbo datsang » et le décrit comme un des plus anciens123. Les murs, probablement en briques recouverts de chaux ou de peinture (fig. 4), sont à fruit, rappelant les bâtiments de pierre du Tibet.


          - 7) Au nord, sur la pente à l’écart des autres temples, le Buyanig delgerüülegch süm, probablement construit en 1711, était communément appelé Övgön süm, « le vieux temple »124, ou Galdan zuu (fig. 28). Il abritait une grande statue de Maitreya, et fut détruit en 1932125. Pozdneev décrit un « Bulugun süme » (Bulgan süm) au nord du monastère, dédié à la divinité locale serpentiforme (luu savdag) du mont Bulgan ; on n’y tenait des services que deux ou trois fois par an, le jour du rituel à l’ovoo126, du rituel au feu etc.127. Il pourrait s’agir du même édifice, c’est-à-dire un des temples construit en 1700 ou 1711, qui à l’époque de la visite de Pozdneev servait de sanctuaire aux divinités locales.
 
 
Galdan zuu
Fig. 28. Galdan zuu, 1999. © Gérard Beilin.

          Il a été rebâti en 1993 grâce à des donations provenant de la région de Kharkhorin128. La reconstruction est assez fidèle aux photographies anciennes : c’est un petit bâtiment de plan carré avec un porche en saillie et une partie centrale plus haute couverte d’un pavillon chinois aux tuiles vernissées vertes. Ses murs sont peints en jaune et le bandeau de couronnement en briques grises est décoré de tuiles canal formant des motifs floraux, lointain rappel des bandeaux de branchage. Il fut restauré en 1997 mais est aujourd’hui très dégradé. En 2007, une grande statue de bouddha entourée de murs gravés de « mille bouddhas », financée par la Corée, a été installée devant le temple. La statue attire beaucoup de fidèles et la dévotion populaire y est bien plus importante que dans les deux monastères au pied de la colline. Derrière le temple, un petit chemin marqué par des écharpes votives sur les arbres et les rochers conduit à un ovoo, puis permet d’escalader la falaise.

          À proximité du sommet de la montagne, les pierres ont été dégagées pour former une surface plane « adoptant la forme d’un médaillon bouddhique ». Les parties ainsi aplanies sont ornées d’immenses peintures. La plus grande, au centre, représente Tsongkhapa, et à ses côtés, un peu en dessous, ses deux principaux disciples dans deux médaillons. À quelque distance, on pouvait voir une peinture de la Tara, et en dessous, une peinture très abîmée de Shakyamuni129. Vingt-et-unes de ces peintures auraient été peintes par le premier Zaya bandit ou par ses disciples. Sur une corniche en dessous de la peinture de Tsongkhapa, des moines avaient coutume de méditer et de lire des sutras130.

          Les autres édifices sont plus difficiles à identifier, d’autant plus que les auteurs ne donnent pas toujours les mêmes noms aux bâtiments. Pozdneev compte en tout vingt-six temples dans le monastère, mais souligne qu’en dehors de ceux qu’il a décrits, les autres sont « pauvres et insignifiants », et ne se distinguent pas des résidences des moines.
 
 
 Dar’ ekhiin süm
 Fig. 29. Dar’ ekhiin süm, photographie du début du XXe siècle. © Tsultem 1988 : 134.
 
          - 9) Le Dar’ ekhiin süm, temple dédié à Tara, était d’après une photographie ancienne construit sur le même modèle que le Tsogchin. On aperçoit d’autres temples latéraux, et en haut à gauche le Buyanig delgerüülegch süm : il devait donc se situer au nord-est du monastère (fig. 29). Peut-être était-ce le temple fondé en 1706 pour abriter les statues de Zanabazar.


          - 10) La photographie fig. 30 montre deux bâtiments ressemblant au Gunrig datsan, qui se situaient probablement à l’ouest du monastère. Leur bandeau de couronnement, formé de rectangles de branchages ornés de disques métalliques était encadré de tuiles et les ouvertures étaient surmontées de petits auvents de tuiles. La frise de l’entrée était décorée de briques et de tuiles-canal empilées.
À l’est, une grande salle d’assemblée adopte le style tibétain (fig. 30). Les murs sont à fruit ; le bandeau de couronnement est entouré d’auvents de tuiles. Au-dessus du vestibule, on distingue les ganjir, les jaltsan et la roue entourée des deux gazelles, symbole d’enseignement. Il pourrait s’agir du Choir datsan (< tib. chos-grwa grwa-tshang), faculté de doctrine et de philosophie.
 
 
Choir datsan (?) vu du sud
Fig. 30. Choir datsan (?) vu du sud, photographie du début du XXe siècle. © Tsultem 1988 : 135.
 
          - 11) Le Jaarai ou Jaarain süm/datsan, situé à l’ouest du Lavran selon Pozdneev, ne nous est connu que par une photographie (fig. 31). Il s’agissait d’un temple à trois niveaux, chacun étant de taille plus petite que le précédent, d’où un aspect en escalier. Le deuxième niveau était bordé d’un auvent chinois et le dernier, couvert d’une toiture xieshan. Les sept ouvertures latérales permettaient de compter sept (ou neuf) travées. La décoration était semblable à celle des autres temples. À l’ouest se situait un temple de style tibétain, et au nord un bâtiment semblable au Tsogchin131. Maidar décrit les ouvertures ovales du premier niveau (non visibles sur la photographie) et la palissade de bois jaune qui l’entourait132.
 
  Jaarai datsan
 Fig. 31. Jaarai datsan, d’après une photographie du début du XXe siècle. © Maidar 1972 [1970]: fig. 76
 
          - 12) La peinture de 1938 (fig. 3) montre, à l’est du Lavran, un complexe formé de plusieurs petits temples, dont un temple au toit chinois à huit versants (quatre sont visibles) de type cuanjian ??. Ce type de temple abritait parfois dans les monastères mongols de grands moulins à prières tournant sur un pivot. Il y avait également dans la résidence du Jebtsündamba à Ourga, le Shar ordo (« palais jaune ») un grand temple octogonal appelé Dorj povran (« palais-Vajra ») qui servit de résidence au troisième Jebtsündamba.


          Les sources écrites mentionnent encore :
          - Le Zankhan süm (< tib. btsan-khang ou mgon-khang), temple dédié aux protecteurs du bouddhisme et aux esprits gardiens du lieu (non situé) ;
          - Le Janraisegiin süm, temple du bodhisattva Avalokiteshvara (non situé) ;
          - Le Khanchin süm (non situé). Khanchin ou khachin/gachin (< tib. mkhan chen, « grand érudit ») est un titre généralement utilisé pour de grands érudits ayant étudié au Tibet. C’était également le titre d’un lama tibétain de haut rang de l’entourage du Jebtsündamba, nommé par le Panchen lama133 ;
          - Le Bureau des Sceaux du Zaya gegeen (Lama tamagin gazar) (non situé) ;
          - Les magasins du Tsogchin et de chaque faculté (jas), le magasin du Zaya gegeen (sang) ;
          - Les résidences des moines : bâtiments chinois et yourtes entourés d’une palissade de bois, visibles sur la peinture de 1938 (fig. 5) ;
          - La prison, etc.


          Dood khüree

 
          La seconde partie du monastère était située sur une petite colline à environ cinq kilomètres au sud de la partie principale134. Le site était un ancien cimetière de moines du Zayain gegeen süm et de nombreux stupas étaient éparpillés le long de la route, dont quatre étaient remarquables par leur taille. À mi-chemin entre les deux sections se trouvait un petit temple d’architecture tibétaine. Le Dood khüree, de dimensions modestes, comprenait cinq temples. La résidence du khuvilgaan (Lavran) était située au centre du complexe et ses structures adjacentes occupaient toute la partie est. Devant le Lavran, une aire fermée par une palissade de bois servait pour les grands rituels extérieurs. Le Lavran adoptait une architecture chinoise, de même son mobilier était chinois135. Cette annexe semble avoir été une sorte de résidence secondaire comparable aux résidences construites par le Jebtsündamba ou le Shar mörön zuu construit en 1769 par le sixième Shireetü khutukhtu au nord de Hohhot en Mongolie méridionale. À l’ouest du Lavran se trouvait un temple de style tibétain au lieu dit Bogdin bulag (« la source du saint »)136. Le Dood khüree est aujourd’hui en ruines. Une statue en pierre de Maitreya se dresse encore, isolée, sur la route qui mène au monastère.

          Autour du monastère

 
          La ville actuelle de Tsetserleg, comme beaucoup de villes mongoles s’est formée à partir de la ville commerçante chinoise, la Maimaachen khot (<ch. Maimaicheng, « ville de commerce »), et probablement aussi autour des résidences des artisans travaillant pour le monastère (charpentiers, briquetiers, etc.). Pozdneev décrit trente boutiques chinoises (plus probablement des entrepôts), la majorité étant des filiales de firmes de Pékin137. Dans toute la Mongolie, les Maimaachen se constituaient progressivement à quelque distance des monastères, la plus importante étant celle située à l’est d’Ourga.

          Séparé du monastère, au pied du mont Bulgan, se trouvait le petit temple (dugan) du prince Said vang ou Tsetsen vang. Il n’y avait pas de moine en résidence permanente, mais un spécialiste rituel (takhilj) y faisait des offrandes quotidiennes. Il fut édifié en mémoire du deuxième Zayain gegeen, qui appartenait au lignage des princes Tsetsen vang.

          - Au nord-ouest du monastère, sur le mont Khaan Uul se trouvait un « cimetière » étendu – ou plutôt lieu de dépôt des corps pour les Mongols locaux, désireux de reposer à proximité du monastère. Selon Pozdneev, les corps étaient lancés et dévalaient jusqu’au bas de la montagne où ils étaient dévorés par des chiens (une information très étonnante au regard des pratiques funéraires mongoles). Au pied de la montagne, des tas d’os évoquaient ainsi une vallée de la mort138.

          - Tövkhön khiid, un petit monastère dédié à Damdin (Hayagriva, divinité protectrice ayant une tête de cheval dans sa coiffe) et de grands stupas blancs furent édifié entre 1900 et 1920 à Mukhar khujirtin rashaan, où naquit Luvsanperenlei. Une source sacrée jaillit à cet endroit après sa naissance139.

          - À environ 800 mètres au nord-est du Zayain khüree, le long d’un ruisseau, se trouve la « source du Dalai Lama » : les moines disent que le quatrième Dalai lama aurait visité la source et aurait vécu dans une yourte à proximité. Or ce Dalai lama, né dans la famille d’Altan khan et mort jeune, n’a jamais été chez les Khalkha140. Don Croner émet l’hypothèse qu’il a été confondu avec le treizième Dalai lama, qui passa neuf mois à Zayain khüree en 1905-1906. Le quatorzième Dalai lama visita cette source lorsqu’il se rendit en Mongolie en 1995141.

          - Jaarain baishin (bâtiment de Jaarai), temple filiale du Zayain khüree au début du XVIIIe siècle, était probablement situé à proximité du Zayain khüree – aujourd’hui il s’agit une aire agricole142. Les lamas du Jaarain datsan de Zayain khüree s’y rassemblaient pour des rituels, faisaient des sacrifices à l’ovoo et organisaient des naadam (« trois jeux virils » accompagnant les rituels aux ovoo).
 
 

          Conclusion

 
          Le Zayain khüree est un excellent exemple, relativement bien documenté pour la Mongolie Khalkha, d’un grand monastère académique. Il présente de nombreux points communs avec d’autres monastères Khalkha, comme Bereeven khiid, et des monastères des Mongols méridionaux comme le Batgar choiling süm, le Beiliin süm et le Baruun khiid, tous étant des cités monastiques de grande taille où résidaient d’importants lamas réincarnés. Son architecture est différente de celle d’Ourga (dernier emplacement d’Ikh khüree, sédentarisé vers 1778, puis devenu Oulan-Bator), dont les grands temples itinérants devenus fixes ont développé une architecture issue de la yourte. Les temples de Zayain khüree sont essentiellement de deux grands types : salle d’assemblée centrée à toit en terrasse couronnée d’un pavillon chinois en son centre (Tsogchin, Gungrig datsan, Dar’ ekhiin süm), et grand temple à étage modelé sur le gtsug-lag-khang (Güshig datsan, Avag datsan, Choir datsan). Mais on trouve encore des temples centrés à trois niveaux comme le Jaarain datsan, des temples de plan rectangulaire à étages, couverts de toits chinois (les Semchin), des temples de style chinois (temple barlong couvert d’un toit en pente), des yourtes, un temple octogonal, et enfin le Lavran avec ses trois toits chinois rappelant les Trois temples d’Erdene zuu. Ce dernier est non seulement la construction la plus originale du Zayain khüree, mais aussi une des plus anciennes.

          La peinture du XIXe siècle représente le Tsogchin au centre de la partie inférieure, au pied de la colline, surmonté par la peinture pariétale de Tsongkhapa (fig. 3). Sur la peinture de 1938, les lignes de perspective convergent vers le Tsogchin central ou vers un point situé légèrement au-dessus, ce qui est conforme aux prescriptions du canon bouddhique (fig. 5)143. L’organisation générale des temples autour du Tsogchin, avec plusieurs facultés alignées sur un axe est-ouest au nord de ce dernier, se retrouve dans plusieurs monastères de Mongolie (provinces Arkhangai, Zavkhan, Khövsgöl)144 et de Mongolie méridionale.

          Les bâtiments principaux utilisaient la brique et la tuile, matériaux typiquement chinois, mais leur architecture imitait les temples en pierre du Tibet central, issus de l’architecture civile fortifiée : la brique était camouflée par des couches de chaux ou de peinture (fig. 4), les murs étaient à fruit, et des décorations formées de tuiles canal rappelaient le bandeau de couronnement de branchage qui servait de réserve de bois dans l’architecture domestique tibétaine, devenu élément décoratif dans l’architecture monastique145. Les bâtiments de moindre importance étaient en bois et en terre. Les photographies anciennes ne nous renseignent pas sur les charpentes et leurs décoration, ni surtout sur l’intérieur des temples, leur statuaire, leurs peintures, leurs décors architecturaux (décor des charpentes, plafonds à caissons, etc.), mais les temples préservés et les rares éléments en bois et briques encore debout nous fournissent de précieuses informations. Les constructeurs du Zayain khüree faisait probablement appel à des artisans chinois, nombreux dans la région, pour le travail de la brique (certains temples employaient des briques vernissées bleu et des tuiles vernissées vertes) et des charpentes chinoises – ceux-ci étaient également généralement capables d’effectuer les menuiseries inspirées de styles tibétains. La variété architecturale des temples du Zayain khüree montre l’éclectisme et l’inventivité de ses fondateurs. Les nombreux sites en marge du monastère – boutiques chinoises, sources sacrées, cimetière, etc. – évoquent plus largement le rôle du grand monastère sédentaire dans la vie des Mongols nomades qui gravitaient autour, venaient y prier, s’y faire soigner, faire du commerce et demander des rituels particuliers.

          Comme dans beaucoup de cas de monastères reformés en Mongolie, la communauté qui s’est installée sur les ruines n’a plus de rapport avec la communauté d’origine, dont aucun moine n’a pu être retrouvé jusqu’à présent. Elle se revendique toutefois comme l’héritière du Zayain khüree, et a repris le nom de Tögs bayasgalant buyaniig delgerüülekh khiid. La communauté (soixante moines en 2007) s’est spécialisée dans le sutra « Londongalsan », réputé avoir été écrit par le premier Zaya bandit, mais réédité pour inclure les noms des autres Zaya gegeen et des huit Bogd gegeen146. Il existe aujourd’hui un projet de reconstruction du Tsogchin. Devant les ruines, un nouveau stupa fut consacré le 9 septembre 2001, à la mémoire de ceux qui souffrirent de la répression communiste des années 1930. Par ailleurs, une branche de ce monastère a été fondée en septembre 2004 à Oulan-Bator, le Gandangejeelin ou Güshig datsan du Zaya gegeen des Khalkha, temple sous la yourte, sur la route menant à Gandan. Vingt moines provenant de ces deux monastères étudient à présent en Inde et douze dans l’Université bouddhique Zanabazar de Gandan147.
 

          Notes


1 Mo. Jaya-yin gegeen-ü küriy-e. Je donne également la forme mongole ancienne (mo.) lorsqu’elle est plus familière aux lecteurs occidentaux. Gegeen, litt. « clarté, clair, lumière » est un titre honorifique de lamas réincarnés, inférieur à khutukhtu (cyr. khutagt, mo. qutuytu), et une appellation respectueuse que l’on peut traduire par « Sa Sérénité ». Khüree, litt. « anneau », désignait à l’époque impériale un camp ou une enceinte de chariots ou de tentes entourant la tente du chef ; puis, à l’époque qui nous intéresse ici, un grand monastère, souvent organisé en cercle de tentes et de bâtiments secondaires autour des temples centraux.
2 Bawden 1989 [1968] : 37 ; Vladimirtsov 1948 [1934].
3 Shav’ (mo. šabi), pluriel shav’nar (mo. šabinar), signifie à l’origine « disciple », puis vint à désigner des familles de « serfs » laïcs rattachées administrativement à un monastère ou au domaine d’un lama réincarné.
4 Avtai sechen khan, mo. Abatai secen qan (1554-1588) était le petit-fils de Geresenje, fils cadet de Dayan khan.
5 Miller 1959, Charleux 2006.
6 Mo. Lubsang prinlai/prenlai, < tib. Blo-bzang ’phrin-las – il s’agit ici de son nom religieux. Il ne doit pas être confondu – ce que fait Pozdneev – avec le très célèbre Zaya bandit (Zaya pandita) des Oïrat, Namkhaijantsan (1599-1662), grand savant né chez les Khoshud et inventeur de « l’écriture claire » des Oïrat. Si Pozdneev (1971 [1896]) est une des principales sources sur l’aspect physique du monastère, il ne faut pas se fier à sa biographie du premier Zaya bandit.
7 Soninbayar (1998) résume la biographie écrite en tibétain après sa mort par son disciple Ganjuurva mergen nomin han Luvsantsültim, « L’arbre qui exauce les désirs », et la compare avec une brève autobiographie de Luvsanperenlei rédigée après 1680.
8 Selon le lama C. Otgonbayar du monastère de Gandan, la lignée commença il y a 2542 ans. Otgonbayar énumère cinq incarnations en Inde, trois au Tibet, sept en Mongolie (cf. leurs noms in Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 4-5). Alors que la plupart des auteurs considèrent que Luvsanperenlei est la première réincarnation mongole (et donc la neuvième de la lignée), Ölziibuyan et Chuluun donnent Khöndlön Tsookhor sain noyon (ou Tsükhegür tümenkhen khöndlön sain noyon), un frère d’Avtai khan, pour première réincarnation mongole (neuvième de la lignée), et considèrent que Luvsanperenlei est son successeur (dixième de la lignée). Khöndlön Tsookhor sain noyon se serait rendu au Tibet, aurait obtenu le titre de Zaya bandit et l’appellation de nomin khan du Dalaï lama et du Panchen lama. Il aurait aidé Avtai khan à construire Erdene zuu (Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 5).
9 Le terme mongol aimag peut, à cette époque, être traduit par « royaume », « khanat ».
10 Mo. Tüsiyetü qan. Le prince Avtai khan, descendant de Chinggis khan, avait été reconnu roi (khan) en 1580. Il prit, ainsi que ses successeurs, le titre de Tüsheet khan, « roi supportant », par référence au Zasagt khan, « roi gouvernant ».
11 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 7.
12 Daajav 2006, vol. 2 : 104 ; Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 7.
13 Ölziibuyan et Chuluun (s. d. : 8) ne précisent pas dans quel monastère. Selon Croner, il fut un des collaborateurs de Zanabazar, et bien que plus jeune que ce dernier, il fut son professeur et lui enseigna la théorie de poésie formulée dans le Kavyadarsha sutra (Bira 1979 ; Croner 2006 : 37, citant J. Choinkhor, Undur Geghen Zanabazar, Mongolian National Commission for UNESCO, Oulan-Bator, 1995).
14 Dharmatala 1889 : 342.
15 Selon la chronique d’Erdene zuu (Erdeni jobo-yin teüke p. 19) citée par Pozdneev 1971 [1896] : 272.
16 Mo. Jaya bandida qutuytu. Bandid vient du sanskrit pandit et qualifie les érudits ayant acquis une profonde connaissance des enseignements de Bouddha.
17 Dharmatala 1889 : 350-351.
18 Dharmatala 1889 : 351. La liste de ses disciples tibétains est donnée par Dharmatala (1889 : 351).
19 Soninbayar 1998 : 29.
20 Soninbayar 1998 : 29.
21 Les sources chinoises datent cette fondation de 1662 (époque où, on l’a vu, il vivait au Tibet) : un lama du nom de Zaya bandit se rendit à Pékin depuis la bannière Khalkha Zasagt khan, accompagné d’une centaine de shav’nar pour rencontrer l’empereur. L’empereur Kangxi lui demanda de prêcher dans la région de Hohhot, et Zaya bandit fonda alors le Bandidin süm (Charleux 2006 : catalogue [19]. Ölziibuyan et Chuluun (s. d. : 14) datent cette fondation de 1699. Le Bandidin süm est peut-être le même temple que la faculté bâtie à la requête du lama Achit tsorj.
22 Soninbayar 1998 : 30.
23 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 8.
24 Publiée par Bira 2007, en cours de traduction par Agata Bareja-Starzynska (Université de Varsovie).
25 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 9-10.
26 Le Lamin gegeen était une des principales réincarnations des Mongols Khalkha. Luvsandanzanjantsan fonda le Lamin gegeenii dedlen khiid (dans l’actuel province Bayankhongor, aujourd’hui détruit), une cité monastique gigantesque qui comptait jusqu’à dix mille moines. Ce lama se rendit célèbre comme chorégraphe, compositeur, ainsi que dans son entreprise d’éduquer les enfants aux arts. Il aurait également été un des maîtres de Luvsanperenlei d’après Soninbayar 1998 : 30.
27 Pozdneev 1971 [1896] : 272.
28 Selon Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 29, il s’agirait de Manzushirin gegeen.
29 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 29 ; Croner 2006 : 37-38 ; Ankhbayar 2008 : 35.
30 Légende rapportée par Croner 2006 : 37 ; Ankhbayar 2008 : 34.
31 Dharmatala (1889 : 324) le nomme Lobzang nyendrag gegen namgyal (Blo-bzang snyan-grags dge-rgan rnam-rgyal). Daajav (vol. 2 : 187) l’appelle Luvsanshindelegnamjil. Selon Pozdneev (1971 [1896] : 271-273), il était le jeune frère du célèbre zasag (prince régnant) du Sain noyon khan aimag, efü Cereng.
32 En 1725 les Qing décidèrent la séparation de la lignée cadette des Tüsheet khan descendant de Tsükhegür tümenkhen khöndlön sain noyon d’avec la branche aînée. La lignée cadette forma un quatrième khanat (aimag) dont le chef porta le titre de Sain noyon (« le bon noble »), et reçut un territoire que l’on prit au khanat Tüsheet khan.
33 Düinkhor datsan, mo. Doyingqur dacang (< tib. Dus-’khor grwa-tshang), où les moines étudient l’astrologie, l’astronomie, les mathématiques et la divination.
34 Selon la notice « Zayain Dood Khüree (Ölziig badruulagch khiid) », le Dood khüree est encore appelé « Ölziig badruulagch khiid » : la première fondation du Dood khüree remontrait donc à 1833 et non 1889. Par ailleurs un monastère de l’atlas de Rinchen (1979) est appelé Norovlingiin dugan (n°209 : département Ikh Tamir, province Arkhangai).
35 Pozdneev (1971 [1896] : 273-274) le nomme Luvsannamjil. C’est sans doute à cause de ses frasques et de sa vie séculière qu’Ölziibuyan et Chuluun ont omis son nom de leur liste ; ainsi leur chronologie (s. d. : 34) passe directement de Luvsanjigmednamjil (qui décéda en 1867) à Luvsantübdenchoijilinyam qui naquit en 1904 ou 1905. On trouvera une photographie du cinquième Zaya in Ramstedt 1978 : 264.
36 Pozdneev 1971 [1896] : 273-274.
37 Ibid.
38 Daazhav 2006 : I, 187 ; Diluv Khutagt 1982 : 134.
39 Majer et Teleki 2007, n°10.
40 « Documentation of Mongolian Monasteries », Arts Council of Mongolia (ACM) : www.mongoliantemples.net. Communication de Krisztina Teleki et Zsuzsa Majer.
41 Les archives de Tsetserleg n’ont conservé aucun document sur le monastère : ceux-ci auraient été transportées à Oulan-Bator. Il existe dans le catalogue des Archives Centrales Nationales d’Oulan-Bator une collection de documents de 1931 comprenant des listes de noms de moines ; ces documents ont apparemment disparu (information de Krisztina Teleki et Zsuzsa Majer).
42 Mo. dugang, < tib. ’du-khang, salle d’assemblée, ou petit monastère.
43 Daajav 2006, vol. 2 : 105.
44 Sandui ou Sangdui est le nom mongol de la divinité tutélaire Guhyasamaja.
45 Tradition orale rapportée par Croner 2006 : 36.
46 Croner 2006 : 76 n. 36 met en doute cette possibilité puisque les hostilités n’avaient pas encore pris fin avec les Zungar.
47 Daajav 2006, vol. 2 :105.
48 Croner 2006 : 38 d’après des informateurs locaux.
49 Croner 2006 : 39 ; Ankhbayar 2008 : 35-36.
50 Mo. labrang, < tib. bla-brang. Dashnyam (dir.) 1999 : 258.
51 Mo. Cecerlig-ün erdeni toluyai. Majer et Teleki 2006 : 23 ; Pozdneev 1971 [1896] : 337.
52 Berger 1995 : 263.
53 Mo. dacang, < tib. grwa-tshang.
54 Mo. Coycin qural. Il est curieux que Daajav appelle ce bâtiment süm, terme qui désigne un temple abritant des statues et non une salle d’assemblée.
55 Mo. Tegüs bayanqulangtu buyan-i delgeregülügci süm-e / keyid (Gandan tegchlen tögs bayasgalant, mo. Gandan tegcilen tegüs bayasqulangtu selon Ölziibuyan et Chuluun).
56 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 29.
57 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 14.
58 Dashnyam (dir.) 1999 : 258.
59 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
60 Daajav 2006, vol. 2 : 105 ; Pozdneev 1971 [1896] : 273. Selon Pozdneev, c’est sous le quatrième Zayain gegen que le monastère fut divisé en Deed et Dood khüree : ce complexe, on l’a vu, a pu être construit en 1833 (voir note 34).
61 Daajav 2006, vol. 2 : 105.
62 Pozdneev 1971 [1896] : 273.
63 Diluv Khutagt 1982 : 74.
64 1737 selon Daajav 2006, vol. 2 : 186-187 ; 1735 selon Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 19.
65 Diluv Khutagt 1982 : le territoire est visible sur la carte I, n°56 et la carte II, n°48, ainsi que sur la carte publiée par Daajav 2006, vol. 2 : 180. En 1925, le district des shav’nar du Zaya gegeen fut divisé en deux bannières : le Rashaant uul khoshuu, et l’Erdenebulgan uul khoshuu. Sous la République populaire, l’ancien otog fut divisé entre Cenkher sum, Bulgan sum, Battseren sum et Erdenemandal sum (Daajav 2006, vol. 2 : 187)
66 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
67 Mo. šangjudba (< tib. phyag-mdzod-pa), intendant en chef d’un monastère ou de l’administration d’un khutukhtu, en charge des shav’nar et des troupeaux.
68 Pozdneev 1971 [1896] : 276.
69 À ce sujet : Sanjdorj 1980 [1963].
70 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 22.
71 Ölziibujan et Chuluun (s. d. : 22) donnent 1824 comme date de ce recensement ; il s’agit très certainement d’une erreur.
72 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 23.
73 La majorité de ces « moines » étaient en fait des novices souvent mariés et vivant de leurs troupeaux, ne venant au monastère que pour les festivals, tandis qu’une minorité de religieux, probablement moins de cinq cent, vivait dans le monastère.
74 Croner 2006 : 40 ; Ankhbayar 2008 : 37.
75 Tib. dPal-ldan lha-mo. Pozdneev 1971 [1896] : 274.
76 Daajav 2006, vol. 2 : 188.
77 Khairkhan est une épithète donnée aux noms de montagnes vénérées.
78 Croner 2006 : 36.
79 Pozdneev 1971 [1896] : 273-274.
80 Sur ce sujet : Charleux 2006 : 113-114.
81 < Tib. lha-rams-pa, plus haut diplôme de la faculté de doctrine, qui ne pouvait être obtenu qu’à Lhasa.
82 Sur le fonctionnement des monastères académiques mongols : Nagao Gajin 1991 [1947].
83 Mo. Badyar coyiling süm-e, connu aujourd’hui sous son nom chinois : Wudangzhao???, au nord-est de Baotou, Mongolie-Intérieure.
84 Sur l’organisation des monastères mongols : Charleux 2003 ; Charleux 2006 : chap. 5.
85 Charleux 2006 : catalogue n°63, 74 et 104.
86 Sur le plan de type tibétain des monastères mongols : Charleux 2006 : 173-176.
87 Sur le plan des monastères tibétains : Pommaret 2003 : 290-301.
88 Maidar 1972 [1970] ; Tsultem 1988 ; Shchepetil’nikov 1960. Voir également des photographies prises par des voyageurs européens comme Pälsi (éd. Halén 1982 : 137, fig. 93 : vue générale) ; Lumír 1960. Pozdneev publia des photographies dans son ouvrage de 1896, Mongolija i Mongoly, qui ne furent pas reprises dans la traduction anglaise de 1971.
89 Tsultem 1988 : 135 et photographie conservée dans le musée.
90 Dashdava & Tserenchimed 2009: 86.
91 Daajav 2006, vol. 2 : 104, 186-187.
92 San (mo. sang) et jas (mo. jisa) sont les magasins ou trésors respectivement des lamas réincarnés et de l’ensemble du monastère.
93 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 29 ; Daajav 2006, vol. 2 : 105 ; Dashnyam (dir.) 1999 : 259 ; Pozdneev 1971 [1896] : 275. Ölziibuyan et Chuluun (s. d. : 22) comptent en 1914 cinq facultés, vingt-trois temples, quarante-et-un magasins, environ deux mille cinq cent lamas.
94 Charleux 2006 : 225.
95 Voir le schéma in Meyer 1987 : 393, fig. 218-219.
96 Voir le schéma in Meyer 1987 : 390, fig. 212.
97 Toit en bâtière à demi-croupe composé dans sa partie supérieure de deux versants encadrant un pignon, complétés en dessous par deux versants latéraux naissant sous les pignons et formant auvent sous les faux pignons.
98 Sur le langage architectural des temples mongols – murs, ouvertures, frise de branchages, épis de faîtage, décors architecturaux… : Charleux 2006 : 190-217.
99 Voir Meyer 1987, en particulier la fig. 198.
100 Charleux 2006 : 233-234, type 4 et p. 248 : type III.2.
101 Charleux 2006 : 257. Voir par exemple le grand temple du monastère Gönlung Jampa Ling près de Xining.
102 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
103 Ces motifs caractéristiques des architectures de Chine du Nord se retrouvent très fréquemment dans les monastères mongols : Charleux 2006 : 196.
104 Güden süm semble désigner à la fois l’ensemble du complexe et plus spécifiquement la salle des stupas funéraires. C’est sans doute cette même salle qui fut nommée Shashin shütleg tsogtsolbor.
105 On ne sait s’ils contenaient des momies desséchées ou des cendres résiduelles de la crémation.
106 Dashnyam (dir.) 1999 : 258.
107 Dashnyam (dir.) 1999 : 258. Il est souvent difficile de reconstituer les termes originaux tibétains à partir de leurs différentes transcriptions en mongol. Il pourrait s’agir de Chagdor (tib. Phyag-rdor) burkhan, soit Vajrapani.
108 Dashnyam (dir.) 1999 : 258.
109 Par exemple Maidar 1972 [1970]: fig. 64, 68.
110 Daajav 2006 date les Semchin de 1711 ; Dashnyam (dir.) 1999, de 1802. Selon Croner (2006 : 38), le Semchin de droite aurait été bâti en 1684, peu après la construction du Güden süm ; celui de gauche, peu après.
111 Dashnyam (dir.) 1999 : 258.
112 Daajav (2006, vol. 2 :104), citant Dashiin Gantömör du musée (soixante dix-neuf ans) affirme que les vingt-et-un motifs de nattes sur le jambage du côté ouest de la porte dateraient de 1653 ; le premier Zaya bandit Luvsanperenlei avait alors onze ans et son père, ainsi que le disciple laïc (uvsh) Sadarin Danzan auraient contribué à sa construction. Ce motif effectué par l’artisan Dambii Maaramba symboliserait les chiffres des vingt-et-un otog (districts/camps) de la bannière Dalai vang. La porte que l’on voit aujourd’hui ne comporte pas ces motifs caractéristiques des encadrements de portes tibétaines : Gantömör fait probablement référence à un autre temple que le Sandui.
113 L’origine et la signification du terme de Güshig ou Günshig me sont inconnues. D’autres monastères khalkha avaient un Güshig datsan. Selon Zsuzsa Majer et Krisztina Teleki, Güshig pourrait retranscrire les termes tibétains sku-shogs (« votre honneur, votre sainteté »), sku-shugs (« force ») ou encore sku-gshegs (« décéder, mourir, feu »).
114 Voir Maidar 1972 [1970] : fig. 75.
115 Sur ce type architectural : Meyer 1987 ; Charleux 2006 : 233, type 5.
116 La photographie semble montrer une partie d’une petite toiture chinoise à versants surmontant le lanterneau, comme au Tsogchin de Bereeven khiid (Maidar 1972 [1970] : fig. 75).
117 Voir Meyer 1987, en particulier pp. 390-393, fig. 210-219.
118 Maidar 1972 [1970] : 28.
119 Ibid.
120 Le temple de la fig. 27 est identifié par Maidar (1972 [1970], fig. 81) comme le Gungrig datsan, mais sur une photographie du musée il est nommé Tsogchin khamchingiin süm – est-ce un autre nom du Gungrig datsan ? Par ailleurs Daajav (2006, vol. 2 : 187, fig. 168) situe le Gungrig datsan juste au nord du Tsogchin, ce qui est contredit par la peinture et par la photographie (fig. 1 et 2).
121 Je n’ai pu retrouver quelles étaient les matières enseignées dans trois des cinq temples de facultés –Gungrig, Güshig et Jaarai.
122 Je remercie Zsuzsa Majer et Krisztina Teleki de m’avoir confirmé cette étymologie.
123 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
124 Daajav 2006, vol. 2 : 105.
125 Croner 2006 : 39. Dans ce temple on peut aujourd’hui voir un thangka représentant un bouddha identifié tantôt comme étant Maitreya, tantôt le Tsandan zuu, « Bouddha de Santal », célèbre statue de Pékin particulièrement vénérée par les Mongols et disparue en 1900. Or ces représentations de bouddha sont parfois appelées « Gandan zuu » en mongol : il pourrait donc s’agir non du Galdan/Gandan zuu, mais du temple du Bouddha de Santal.
126 Montjoie de pierres servant d’autel aux divinités locales.
127 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
128 Croner 2006 : 41.
129 Pozdneev 1971 [1896] : 275 ; elles sont également décrites par Ramstedt (Halén 1998 : 159, n. 62) qui visita le monastère.
130 Croner 2006 : 42.
131 Pour Daajav il était aligné avec le Gungrig datsan.
132 Maidar 1972 [1970] : 27.
133 Je remercie Zsuzsa Majer et Krisztina Teleki pour cette information.
134 Sur son emplacement exact : « Zayain Dood Khüree (Ölziig badruulagch khiid) ».
135 Pozdneev 1971 [1896] : 277-278.
136 « Zayain Dood Khüree (Ölziig badruulagch khiid) ».
137 Une photographie prise par Pälsi en 1909 montre la situation de la ville commerçante (la future Tsetserleg) par rapport au monastère (éd. Halén 1982 : 137, fig. 93).
138 Pozdneev 1971 [1896] : 275.
139 Ölziibuyan et Chuluun s. d. : 29.
140 Né en 1589 à Hohhot, il fut emmené au Tibet en 1602, où il décéda quinze ans plus tard.
141 Croner 2006 : 42.
142 Voir le plan in Daajav 2006, vol. 2 : 188.
143 Selon Daajav 2006, vol. 2 : 104, c’est le Güden süm qui se trouve au centre du monastère.
144 Daajav 2006, vol. 2 : 104. Il est curieux que Pozdneev (1971 [1896] : 274), qui a étudié de nombreux monastères, trouve le style architectural « extrêmement original comparé à d’autres monastères Khalkha ».
145 Sur les techniques et matériaux chinois utilisés pour reproduire des architectures tibétaines : Charleux 2006 : chapitre 5.
146 Croner 2006 : 42.
147 Sur des détails sur le calendrier liturgique de ce monastère : Majer et Krisztina Teleki 2007 : n°10.

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Dernière mise à jour : ( 20-01-2012 )
 

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