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Mission archéologique Monaco - Mongolie - Le site de Tsatsiin Ereg
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Tsatsiin Ereg, site majeur du début du Ier millénaire en Mongolie

 

Par

 

Jérôme Magail

 


 

Mots clés: pétroglyphes, art Scytho-Sibérien, stèle, âge du bronze.

  

Résumé

Sur le site de Tsatsiin Ereg, situé au centre de la Mongolie, à 40 km de la ville de Tsetserleg, plus de 60 pierres à cerfs et plusieurs centaines de pétroglyphes ont été découverts au cours des 3 dernières campagnes. Beaucoup de ces iconographies sont associés à un contexte funéraire et rituel, près de sépultures des premières tribus nomades. Aux alentours de 1000 ans BC, Tsatsiin Ereg était une nécropole avec quatre grandes tombes aristocratiques.

Keywords : petroglyphs, Scytho-Siberian art, stele, Bronze age.

Abstract

At the Tsatsiin Ereg site situated in Mongolia’s center, 40 km from the town of Tsetserleg more than 60 deer stones and several hundreds petroglyphs have been discovered for three campaigns. Many of these iconographies are in a funerary and ritual context near burials of the first nomadic tribes. About 1000 years BC Tsatsiin Ereg was a necropolis with four monumental aristocratic tombs. 

I. - INTRODUCTION

        Que savons-nous des confédérations nomades d’Asie centrale au cours du Ier millénaire avant notre ère ?

Certes les anciens textes grecs et chinois évoquent les mœurs, les coutumes et les stratégies militaires de ces puissantes civilisations des steppes qui se montraient belliqueuses aux portes des territoires des sédentaires. Mais au cœur de ces vastes étendues, se trouvent des sites archéologiques exceptionnels que les chroniqueurs ont ignoré. Du fleuve Dniepr d’Ukraine aux sources du fleuve Amour de Russie apparaît une mosaïque de cultures que les équipes d’archéologues dénouent année après année. Chacune de ces civilisations, parfois très proches, possédait ses particularités dont les traces sont notamment mises au jour dans les contextes funéraires et cérémoniels (Collectif, 2008). Il existe cependant plusieurs fils conducteurs qui nous font traverser la grande steppe d’un peuple à l’autre. Le premier est le cheval, ce compagnon fidèle du berceau à la tombe, complice de tous les déplacements du nomade, des plus héroïques comme la guerre et la chasse au plus quotidien, le pastoralisme monté. Le second fil conducteur est l’art des steppes, peuplé d’animaux en mouvement, témoin du cycle des saisons, passeur entre le monde des vivants et celui de l’au-delà. Aux confins orientaux de la grande steppe, le territoire mongol semble avoir joué un rôle clé dans la naissance de ces civilisations nomades du tout début du Ier millénaire. Non seulement le cheval et l’art scytho-sibérien sont présents mais les dates obtenues par les équipes archéologiques montrent que ces vestiges sont parmi les plus anciens (W. Fitzhugh et al., 2008).

         La Mongolie actuele apparaît comme une charnière où se sont rencontrées plusieurs entités culturelles entre 1200 BC et 200 BC. Les scythes, les plus connus, composés eux-mêmes de plusieurs peuplades disséminées de Micolaiev à Arzhan sont présents jusque dans l’Altaï aux frontières du plateau mongol où débute une civilisation particulière qui se distingue notamment à travers ses monuments gravés appelés "pierres à cerfs". Dressés dans les plaines steppiques, ce sont des monolithes qui peuvent atteindre 4 m de haut, décorés de cervidés bondissants, les pattes repliées sous le ventre, au corps étiré, prolongé par un museau semblable à un bec.

           Ils sont toujours plusieurs, les uns derrière les autres, systématiquement porteurs de grands bois, ainsi formellement identifiés comme exclusivement des mâles (fig. 1). Le style iconographique est bien connu, au-delà de l’Altaï, sur les appliques métalliques trouvées dans le bassin de Minusinsk et bien plus loin vers l’ouest sur les boucliers et les coiffes des scythes d’Ukraine au VIIe siècle BC. Les thèmes présents sur les menhirs de granite ne se limitent pas aux animaux, ils s’étendent au répertoire des armes des guerriers nomades. Boucliers, poignards, couteaux, haches et arcs figurent parmi les représentations les plus rencontrées.

            Surprenantes au premier abord, les compositions gravées sur chaque monolithe sont difficiles à interpréter car elles ne correspondent pas à des scènes narratives décrivant par exemple une chasse aux cerfs comme il en existe sur les rochers (photo de dos de couverture). Il s’agit d’un code très strict qui comporte très peu de différences stylistiques d’une stèle à l’autre, même pour celles qui sont éloignées de centaines de kilomètres.

           Elles représentent des axes intermédiaires entre la steppe et le ciel, un canal symbolique placé à proximité des tombes (J. Magail, 2003, 2004, 2005a). Leur réalisation selon les préceptes en vigueur garantissait aux vivants que les morts parviendraient dans l’au-delà. Voici sans doute pourquoi les mêmes styles et associations de thèmes se retrouvent sur des centaines de monuments, près de 700 selon l’Institut d’Archéologie de l’Académie des Sciences de Mongolie (D. Tseveendorj, 2003). Par conséquent, il est plus que probable que des écoles de graveurs soient apparues dans le but d’enseigner les 4 grandes étapes de leur conception ; le choix des roches, l’aménagement des surfaces des monolithes, la distribution des iconographies sur les faces et l’exécution des gravures.

           Les recherches mongoles et russes furent les premières à constater cette cohérence artistique sur une vaste zone géographique, à 90% en territoire mongol, avec une extension sur la région russe de Touva (fig.2). Les nombreux relevés de stèles effectués depuis 40 ans constituent aujourd’hui un important inventaire qu’il s’agit d’enrichir chaque année (D. Dorj, 1975; E. A. Novgorodova, 1989 ; L. Savinov, 1994; D. Tseveendorj, 2003; V.V. Volkov, 2002; S. Takahama, 2006).

     

         Le haut degré de sacralité, à l’origine d’une telle redondance de travail méticuleux, permettait aux tribus réparties de l’Altaï au Khenti de partager une expression iconographique de leur cosmologie animiste. Ce phénomène dépasse le simple comportement identitaire, il s’agit d’un processus complexe profondément ancré dans leur conception de la vie nomade, où le cerf bondissant était le passeur vers l’au-delà. S’il n’y avait pas eu de coutumes vivaces associées à cette iconographie, sa diffusion à travers la grande steppe serait restée anecdotique. Aussi, il est nécessaire d’étendre les investigations à l’ensemble des tribus scytho-sibériennes qui possédaient un riche bestiaire où le cerf côtoyait d’autres animaux comme les félins, les bouquetins et les sangliers qui apparaissaient aussi de façon secondaire sur les pierres à cerfs. De nombreux éléments archéologiques témoignent des pratiques animistes de ces civilisations de la protohistoire. Les chevaux sacrifiés découverts dans les tombes de Pazyryk, portaient par exemple des cornes et des bois factices afin de ressembler au bouquetin et au cerf. Ce dernier, dont la chute et la pousse des bois lui confèrent une essence à la fois végétale et animale, est en plus métamorphosé en oiseau sur les pierres à cerfs. Affublé d’un long museau semblable à un bec et d’une silhouette étirée, il indique son aptitude surnaturelle à bondir vers les cieux. La position de son corps en suspension, identique à un arrêt sur image, est accentuée par son œil rond qui semble exprimer la surprise, comme s’il avait aperçu un danger.

          Les stèles gravées motivent la mise en œuvre d’expérimentations, consacrées aux gestes et aux matériaux, qui permettront de comprendre les techniques des artisans qui ont réussi à produire une telle esthétique sur cette roche granitique si dure. La réalisation d’une stèle gravée donnera également une idée des contraintes liées à la distribution des cerfs, prouesse artistique difficile à concevoir sans expérience.

            La facture exceptionnelle de certains ensembles gravés implique a fortiori une disparité esthétique entre les monuments ornés. Certains graveurs, devenus maîtres dans l’exercice, ont parfois tronqué certaines figures dans le but de suggérer une profondeur et d’estomper le support minéral. Au-delà de tous les thèmes de recherche que suscitent les pierres à cerfs, elles représentent une formidable synthèse de la pensée des nomades de cette époque. Cavaliers, guerriers et chasseurs, ils ont rassemblé sur un même monument les images qui leur garantissaient le mouvement éternel.

Pierre à cerfs de Tsatsiin Ereg

FIG. 1.- Pierre à cerfs de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.              

Deer stone of Tsatsiin Ereg, ph. J. Magail.              


Carte de la zone prospectée par la mission Monaco-Mongolie.

  FIG. 2.- Carte de la zone prospectée par la mission Monaco-Mongolie.

Map of the prospected area by the Monaco – Mongolian joint archaeological mission.

Tombe de Tsatsiin Ereg.

FIG. 3.- Tombe de Tsatsiin Ereg de la fin de l’âge du Bronze prise en cerf-volant, photo E. Hofmann.

Final Bronze age tomb of Tsatsiin Ereg takes from kite, ph. E. Hofmann.

Photo satellite d’un complexe funéraire aristocratique de l’Arkhangaï.

 FIG. 4.- Photo satellite d’un complexe funéraire aristocratique de l’Arkhangaï, vallée de la Khunnuiin Gol , situé à 50 km de Tsatsiin Ereg. © Google earth.

Satellite picture of aristocratic funerary complex of Arkhangai, Khunnuiin Gol valley, 50 km from Tsatsiin Ereg, © Google earth.

Jean-Jacques Grizeaud fouillant la base d’une pierre à cerfs.

FIG. 5.- Jean-Jacques Grizeaud fouillant la base d’une pierre à cerfs de Tsatsiin Ereg en juin 2008, photo J.-F. Bussière.

Jean-Jacques Grizeaud digs the bottom of deer stone of Tsatsiin Ereg, ph. J.-F. Bussière

 

Place cérémonielle turk du VIIe siècle.

FIG. 6.- Place cérémonielle turk du VIIe siècle de notre ère de Tsatsiin Ereg, agencée avec 3 pierres à cerfs de l’âge du Bronze, photo J. Magail.

Turkish ceremonial place of the VIIth century AC of Tsatsiin Ereg, build with 3 Bronze age deer stones, ph. J. Magail.

II. - CONTEXTES ARCHEOLOGIQUES

         Dès les premières prospections menées depuis l’année 2002, il est apparu que la Province de l’Arkhangaï était une région très riche en vestiges de l’âge du Bronze (J. Magail, 2003). Les plus nombreux sont les complexes funéraires comportant un tumulus central avec enclos entouré de tertres et de cercles de pierres (fig. 3). Entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer leur taille augmente tout en conservant les mêmes typologies. Les plus étendus, parfaitement visibles sur les photographies satellites, peuvent occuper une surface de plus de 4 hectares (fig. 4).

         Parfois trouvées au sein ou bien à proximité de ces structures en pierres sèches, les pierres à cerfs de Mongolie posent systématiquement le problème de leur implantation originelle. Même sur les sites les plus fameux comme celui d’Ulaan Uushig(fig. 7), où se concentrent 14 stèles associées à des tombes, il est difficile de comprendre la chronologie des phases d’aménagement des structures (S. Takahama, 2006). Sur les 50 stèles dénombrées par la mission conjointe Monaco-Mongolie dans la province de l’Arkhangaï aucune ne peut être considérée comme située à son emplacement originel (fig.2). La base de la stèle de Tsatsiin Ereg fouillée par Jean-Jacques Grizeaud (INRAP) en juin 2008, a donné des résultats intéressants sur les procédés de calage du monument mais aucune indication sur l’ancienneté de l’implantation (fig. 5). Le réemploi de ces stèles est très courant, parfois même pratiqué à plusieurs reprises entre 1200 et 500 avant notre ère. A Tsatsiin Ereg, les coffres de trois tombes de l’âge du Fer ont ainsi été réalisés avec des pierres à cerfs prélevées dans les environs.

         Ces tombes systématiquement pillées sont des lieux riches en stèles mais très bouleversés. Les concentrations de stèles comme il en existe deux à Tsatsiin Ereg sont donc synonymes de réemplois, que l’on soupçonnait tardifs (âge du Fer) jusqu’en juillet 2008, au moment où les archéologues ont découvert avec surprise que trois pierres à cerfs avaient été également utilisées dans la construction d'une place cérémonielle türk (Tujue) du VII apprès J.C(fig. 6). 1700 ans après l’apparition de ce type de stèle ornée, les Türk en ont donc déplacé trois pour réaliser un emplacement quadrangulaire où ils effectuaient des sacrifices d’animaux et des crémations.

Site d’Ulaan Uushig.

FIG. 7.- Site d’Ulaan Uushig où deux alignements formés de 14 stèles semblent constituer une allée, photo J. Magail.

Uushig site where tow lines of 14 steles seems to build a path, ph. J. Magail.

      

III. – ANALYSE DES ICONOGRAPHIES

 

         Le mouvement général des cerfs sur les stèles s’exprime selon deux formes. Les animaux se déplacent soit selon une trajectoire hélicoïdale (fig.9), en tournoyant vers le ciel, soit selon un mouvement linéaire vertical sur chaque face (fig.8).

         Quelle que soit l’expression choisie, la répartition des gravures a été mûrement réfléchie. La parfaite gestion des espaces et des effets stylistiques entre les animaux suggère un tracé au préalable de toutes les figures, même si aucune marque n’a encore été repérée sur les blocs. L’emboîtement des extrémités des bois des cerfs qui se suivent dans leur course, est le parfait exemple d’une composition qui ne peut se faire sans ébauche. Les gravures sont à quelques millimètres les unes des autres sans jamais se superposer. Quant à la répétition des emboîtements elle évoque des enchainements d’ornements semblables à des motifs tissés. Sur la figure 8, les corps des cerfs sont littéralement disposés les uns dans les autres.

         Le cortège débute parfois par une catégorie de cerf "oblitéré ou tronqué". Il apparait par exemple au bas de plusieurs stèles de Tsatsiin Ereg, coupé systématiquement au niveau des épaules (fig. 8 & 10). Toujours situé au-dessus d’une figure géométrique, il évoque l’animal surgissant du monde souterrain. En effet, ainsi tronqué, il suggère un support transparent dont il parvient des profondeurs.

Mouvement vertical des cerfs sur une stèle de Tsatsiin Ereg

FIG. 8.- Mouvement vertical des cerfs sur une stèle de Tsatsiin Ereg, schéma J. Magail.

Deer vertically movement on a Tsatsiin Ereg stele, drawing J. Magail.

 

      

 
Mouvement hélicoïdal des cerfs sur une stèle de Tsatsiin Ereg

FIG. 9.-  Mouvement hélicoïdal des cerfs sur une stèle de Tsatsiin Ereg, schéma J. Magail.

Deer helicoidally movement on a Tsatsiin Ereg stele, drawing J. Magail.

Base d’une pierre à cerfs brisée en 2 morceaux

FIG. 10.- Base d’une pierre à cerfs brisée en 2 morceaux de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.

Deer stone bottom of  Tsatsiin Ereg broken in two pieces, ph. J. Magail. 

          Il arrive également de trouver des cerfs dont la cuisse ou la patte soit incomplète, laissant la place au bois d’un autre animal (fig.9) ou bien à la représentation d’une arme (fig.8). Penser que les graveurs ont ainsi évité une superposition ne semble pas être évident. Il s’agit peut-être encore d’un effet suggérant que la partie "effacée" se situe en profondeur derrière l’objet placé au premier plan.

          Ces animaux, mi-cerfs mi-oiseaux, éloignés d’une représentation dite naturaliste, semblent porter des bois en pleine maturité correspondant à ceux des mâles au moment de l’automne. Il faut donc être attentif aux caractéristiques morphologiques qui participaient à la signification du monument. Pensons par exemple à l’éventuel mâle dominant emmenant sa horde vers le ciel. Ou bien, pourrait-il s’agir d’un seul et même cerf représenté plusieurs fois sur la stèle afin de décrire sa trajectoire ? Toutes les questions méritent d’être explorées, sachant que le nombre de cerfs varie d’une stèle à l’autre et qu’ils comportent des différences morphologiques sur un même monolithe. Certains sont par exemple représentés avec deux rangées de bois alors que d’autres n’en possèdent qu’une (fig.8).

           Aussi, la création d’un corpus des détails iconographiques répétés d’un monument à l’autre permet d’isoler les séquences les plus fréquemment rencontrées. Ce corpus permettra aussi de dégager des styles et des écoles qui pourront être corrélés avec des périodes culturelles et des aires géographiques.

           Ce sont les figurations des cerfs qui comportent le plus d’invariants : le museau allongé comme un bec, la forme enroulée des bois, l’oreille, l’épaule et la cuisse. Au niveau de l’œil, la forme la plus répandue est réalisée en laissant un bourrelet circulaire entre le centre et le reste de la tête. Plus rarement, l’œil est une simple cupule sans bourrelet, relevé sur une des stèles de Tsatsiin Ereg (fig.20).

           Quant aux détails culturels et techniques des armes gravées à la base des monuments, ils permettent d’établir une datation relative. En effet, les boucliers, les poignards, les arcs, les couteaux et les crochets, appartenant tous au répertoire de la fin de l’âge du Bronze, ont été comparés aux matériels archéologiques. Un nombre non négligeable d’objets gravés nécessite encore des recherches. Il semble par exemple que des fouets aient été figurés aux cotés de haches (fig.10). 

            Les figures géométriques telles que les cercles, les disques, les alignements de cupules et les frises, ont des typologies très proches d’une stèle à l’autre et y sont situés à des endroits bien définis. Les cercles (deux petits et deux grands) figurent toujours sur deux faces opposées au sommet du monument (fig.12) alors que les disques sont placés au milieu des cervidés (fig.11). Les cercles de taille différente sont placés à la même hauteur de part et d’autre de la stèle comme s'ils étaient les faces d'un même objet qui "traverse" la pierre. Le plus grand cercle est parfois entouré de rayons, semblable à un soleil. Les alignements horizontaux de cupules coupent systématiquement la stèle sous les cercles (fig.8 & 9). Tandis que les frises, également horizontales, décrivent le tour de la base des stèles juste au-dessus des armes (fig.8).  

  

   
Pierre à cerfs de Shivertin Am

FIG. 11.- Pierre à cerfs de Shivertin Am, 10 km de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.

Deer stone of Shivertin Am, 10 km from Tsatsiin Ereg, ph. J. Magail.

base d’une pierre à cerf de Shivertin Am
FIG. 13.- base d’une pierre à cerf de Shivertin Am où on distingue la partie aménagée (droite) de la partie brute (gauche) de la base, destinée à être dans le sol, photo J. Magail.

Foundation of a deer stone of Shivertin Am where we can see the lay out part (right) and the dry part foundation (left) intend for to put in the ground, ph. J. Magail

 

 
Pierre à cerfs de Shivertin Am

FIG. 12.- Pierre à cerfs de Shivertin Am, photo J. Magail.

Deer stone of Shivertin Am, 10 km from Tsatsiin Ereg, ph. J. Magail.

            En fonction des blocs de granite, les graveurs ont soit utilisé les plans naturels existants, soit aménagé les surfaces avant de réaliser les gravures. Parfois, un léger chanfrein se distingue à la base du monument (fig.13). Il indique qu’environ 1 cm de matière a été enlevé sur toute la surface de la roche émergeant du sol. Seule la base destinée à être enterrée reste à l’état brut. L’hypothèse la plus probable, qui sera d’ailleurs testée expérimentalement, est un bouchardage suivi d’un polissage. La prospection des matières premières a permis de trouver un lieu où des blocs de granite ont pu être prélevés (fig.15).

FIG. 14.- Stèle de Tsatsiin Ereg, les gravures ont été réalisées sur un plan de fracture oxydé.
Deer stone of Tsatsiin Ereg where the engravings have been do on the fracture surface oxidation.  

                Certains blocs n’ont pas nécessité un aménagement de leur surface car leurs plans de fracture naturels étaient teintés par une oxydation de fer et convenaient par conséquent très bien à la lisibilité des iconographies. En effet, en décollant la pellicule oxydée en surface la percussion a donné aux figures un fond clair contrastant avec la teinte naturellement ocre f(Fig. 14 et Fig. 18)

FIG. 15.- Gisement potentiel de matière première (granite) pour confectionner des stèles, site de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.Potential deposit of raw material (granite) for making steles, Tsatsiin Ereg site, ph.. J. Magail.

IV. – ESSAI DE CHRONOLOGIE DES STÈLES

          

La chronologie hypothétique des typologies des stèles pourrait se partager en trois étapes. Les stèles les plus anciennes seraient celles qui possèdent un cercle en leur sommet et des traits sur les côtés (D. Tseveendorj, 2003) (fig.17). Les monolithes les plus nombreux, gravés de cerfs, d’objets et de figures géométriques appartiendraient à la période moyenne  (fig.18) tandis qu’à la phase finale seraient apparus les chevaux (fig.19). Les datations relatives, fondées sur la comparaison des iconographies au matériel archéologique, donnent quelques indications (fig.16 & 20). La typologie des haches et des poignards gravés correspond à la culture de Karasuk attestée aux alentours de 1200 ans BC dans le bassin de Minusinsk (fig.2).

Détail du couteau et du crochet gravés
 FIG. 16.- Détail du couteau et du crochet gravés à la base d’une stèle de Tsatsiin Ereg, (photo Y. Molland) et couteau de l’âge du Bronze du Musée de Darkhan, (photo J. Magail).

Knife and hook detail engraved on the stele bottom of Tsattsiin Ereg, (ph. Y. Molland) and Bronze age knife from the Museum of Darkhan , (ph. J. Magail).

 

 Stèle comportant une seule gravure de soleil en son sommet

FIG. 17.- Stèle comportant une seule gravure de soleil en son sommet, 15 km de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.

Stele with only one sun engraving on the top, 15 km from Tsatsiin Ereg, ph. J. Magail.

 Pierres à cerfs de Uushig

FIG. 18.- Pierres à cerfs de Uushig, photo J. Magail.

Deer stone of Uushig, ph. J. Magail

 Stèle ornée de chevaux de Altan Sandal 

FIG. 19.- Stèle ornée de chevaux de Altan Sandal, photo de la mission archéologique coréenne.

Horses engraved on Altan Sandal stele, ph. Korean mission in Mongolia.

 

  

Comparaison entre le mobilier trouvé et les gravures

FIG. 20.- Comparaison entre le mobilier trouvé et les gravures d’une stèle de Tsatsiin Ereg.

Comparison between the pieces have been found and the engravings of a stele of Tsatsiin Ereg.

Pierre à cerfs anthropomorphe découverte en 2007
FIG.21.- Pierre à cerfs anthropomorphe découverte en 2007, implantée devant le musée de l’Institut d’Archéologie (Académie des Sciences), photo et schéma J. Magail. Anthropomorphic deer stone discover in 2007, put in front of the Institute of Archaeology Museum ( Sciences Academy ), ph. and drawing J. Magail.

        Quant aux boucliers gravés, ils concordent avec ceux de la culture scythe de Pazyryk. La Mission archéologique Germano-russo-mongole en a récemment trouvé un dans la tombe N°10 d’Olon Guuriin Gol (H. Parzinger 2007). De cette culture matérielle appartenant au registre du guerrier, on remarque l’absence de représentations de casque et d’éléments d'harnachement. Sur la stèle découverte en 2007 à 10 km de Tsatsiin Ereg (fig.21), une ébauche de visage a été sculptée au sommet et des chevaux ont été associés aux gravures de cerfs (Magail, 2007). Ce type rare de pierres à cerfs (5%) connaît un exemplaire célèbre sur le site d’Ulaan Uushig, au nord de la Mongolie (fig.7). L’apparition du cheval sur les stèles correspond peut-être à la période du IVe siècle BC, au moment où les scythes de Pazyryk et de Berel (fig.2) sacrifient lors des funérailles des chevaux grimés en cervidés afin de garantir à l’âme du défunt son passage dans l’au-delà.

 

 

V. – LES RELATIONS AVEC L’ART RUPESTRE

 

         Le grand site d’art rupestre découvert dans la partie ouest de Tsatsiin Ereg (fig.2) permet d’ouvrir un vaste champ de comparaison entre les iconographies présentes sur les rochers et celles gravées sur les stèles. Si des représentations de cerfs d’une typologie proche de celle des pierres à cerfs ont été gravées sur des parois (fig.22), les bouquetins gravés sur les rochers se retrouvent également sur certaines pierres à cerfs de Tsatsiin Ereg (fig.20). Le phénomène se rencontre en d’autres endroits de la Mongolie et de l’Altaï (V.I. Molodin & D.V. Cheremisin, 2007).

        

Cerf gravé sur un rocher de Tsatsiin Ereg

FIG. 22.- Cerf gravé sur un rocher de Tsatsiin Ereg. Sa typologie est proche de celle des cervidés des stèles. Un sanglier est gravé à côté, photo J. Magail.

Deer engraved on a Tsatsiin Ereg rock. His typology is close than deer stone. A boar is engraved near him, ph. J. Magail.

 
Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg

FIG. 23 - Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg de la typologie des pierres à cerfs, photos J. Magail.

Deer engraved on Tsatsiin Ereg rocks with the same typology of the deer stone, ph. J. Magail.

        

 

 
Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg

FIG. 24 - Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg de la typologie des pierres à cerfs, photos J. Magail.

Deer engraved on Tsatsiin Ereg rocks with the same typology of the deer stone, ph. J. Magail.

   

 
Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg

FIG. 25.- Cerfs gravés sur des rochers de Tsatsiin Ereg de la typologie des pierres à cerfs, photos J. Magail.

Deer engraved on Tsatsiin Ereg rocks with the same typology of the deer stone, ph. J. Magail.

          

          La poursuite de la prospection et de l’inventaire des pétroglyphes, commencés en 2007, permettra sans doute d’élargir le corpus de thèmes et de typologies communs aux deux contextes archéologiques. Si le thème dominant est le bouquetin, le cerf, le félin et le sanglier sont aussi représentés. Un cerf et un sanglier, placés l’un en-dessous de l’autre sur un rocher de Tsatsiin Ereg, semblent être une association anodine de pétroglyphes, cependant elle se retrouve sur plusieurs pierres à cerfs de Mongolie (fig.22). Dans un registre plus narratif, des scènes de chasse ont été relevées avec des archers très schématiques, style identique à celui des animaux.

          L’aire géographique correspondant au site d’art rupestre est également parsemée de structures funéraires. Les tombes et les roches gravées sont souvent proches (fig.26 & 27), parfois même certains éléments constitutifs des tombes comme des pierres levées d’angle comportent des pétroglyphes (fig.28). La recherche d’indices chronologiques se poursuit afin de savoir si les gravures et les sépultures sont de la même période.

 

 

FIG. 26 & 27.- Tombes situées à proximité de rochers gravés.

Tombs located near engraved rocks.

   

FIG. 28.- Tombe de l’âge du Bronze comportant un bouquetin gravé sur une stèle d’angle. Ce pétroglyphe est similaire à ceux figurant sur les rochers,

situés à quelques dizaines de mètres de là.  

Bronze age tomb with a goat engraved on corner stele. This petroglyph is like the others petroglyphs engraved on the rocks situated a few meters from there.

  

 

VI - CONCLUSION

 

         Curieusement, la cinquantaine de stèles située dans la région de Tsatsiin Ereg constitue un corpus très représentatif de l’ensemble des pierres à cerfs de Mongolie. La stèle anthropomorphe découverte en 2007 a complété le répertoire déjà très fourni des types de monuments (fig.21). Cette diversité tient peut-être au fait que toutes les périodes sont représentées dans cette région de l’Arkhangaï. On pourrait affirmer la même chose au sujet de l’art rupestre découvert dans la région ouest du site dont les thèmes et le style sont identiques en d’autres endroits de Mongolie et notamment de l’Altaï (E. Jacobson et al., 2001).

  La cohérence culturelle que suggère le code iconographique des stèles, répété sur une si vaste aire géographique, va de pair avec la cohésion sociale nécessaire à la construction des immenses complexes funéraires. La civilisation des pierres à cerfs était capable de mobiliser un grand nombre de personnes pour accomplir ce travail titanesque  qui n’a pas d’équivalent en matière de transport de pierres (fig.4). Les plus grandes tombes aristocratiques Khunnu du Ier siècle de notre ère ne demandent pas plus d’effort que les complexes de Tsatsiin Ereg et de ses environs (J. Magail, 2003).

         Enfin, il faut mentionner le fait que chaque année les archéologues découvrent de nouveaux fragments de stèles gravées qui nécessitent des dispositions de protection (fig.29). La mission conjointe Monaco – Mongolie a ainsi transporté en juin 2008 à l’Institut d’Archéologie d’Oulan-Bator trois pièces archéologiques qui étaient en danger.

FIG.29.- Morceau de stèle découvert en juillet 2008 près des camps d’été des bergers de Tsatsiin Ereg, photo J. Magail.

Deer stone piece discover in July 2008 near the Tsatsiin Ereg summer camps of the shepherd, ph. J. Magail.


 

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