Prospection

 

CONTRIBUTION À LA PROSPECTION ARCHÉOLOGIQUE AUTOUR DU SITE DE TSATSIIN EREG

  

- 2008 -

  

Claude SALICIS*, Yannick MOLLAND**

 


 *   Président de l’Institut de Préhistoire et d’Archéologie Alpes Méditerranée (IPAAM - Nice).

 ** Étudiant en Master II - Image Multimédia et Sciences territoriales - Nice.


   

CONTEXTE DE LA RECHERCHE

  

Parmi les différents travaux effectués par la mission archéologique monégasque en 2008, à la suite des premières découvertes de gravures rupestres en 2006 (Magail J., Milcent P.-Y., Rinchenkhorol M., 2006, p.117), et confirmées par la mission de 2007 (Magail J., 2007, p.118), une campagne de prospection systématique élargie a été entreprise autour du complexe funéraire de Tsatsiin Ereg.
Si la recherche de nouvelles nécropoles et de nouveaux sites d’art rupestre fut notre objectif premier, les relevés géographiques méthodiques, à l’aide de GPS, de chacune des tombes et de leurs éléments constitutifs (tumulus central, enclos, cercles de pierres, tertres, ...), et de chacune des gravures observées, déterminants pour l’étude des répartitions spatiales (SIG notamment), ont occupé une grande partie de notre temps.
Grâce aux véhicules tout terrain de la mission, et aux chauffeurs, les distances, surtout, et les dénivelées, dans une moindre mesure, n’ont pas été des obstacles de nature à ralentir nos recherches.
Globalement, nous avons répertorié quatre nouveaux lieux funéraires dont deux étaient associés à des sites de gravures rupestres.
Plusieurs gravures isolées et quelques structures particulières ont également été découvertes au cours de nos investigations.

          

LES LOCALISATIONS GÉOGRAPHIQUES

   

Le piton rocheux de Tsatsiin Ereg, éponyme du site, est situé rive gauche de la vallée du Tamir (Hoyd Tamir), à une trentaine de kilomètres à vol d’oiseau au nord de la ville de Tsetserleg et à environ cinq cents kilomètres à l’ouest de la capitale Oulan Bator.


Trois des quatre nouveaux sites se situent également sur la rive gauche du fleuve (site 13, site 12, site 14) ; le quatrième (site AB) est localisé sur sa rive droite (fig. 1).

 

 

 

                                  FIG.1 : carte de localisation des sites prospectés        

autour de Tsatsiin Ereg, DAO Yannick Molland        

       

LES SITES

       

Le site 13

Coordonnées : 101° 20’ E ; 47° 46’ N.
Le site se trouve à environ quatre kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest/nord-ouest du piton de Tsatsiin Ereg. Il s’agit d’un ensemble funéraire constitué d’une série de tumulus de taille modeste à enclos quadrangulaires occupant les cols (ou dépressions) d’une crête rocheuse « en dents de scie » située sur le flanc oriental de la chaîne montagneuse se poursuivant vers le nord-ouest (cote 1845,9) (fig. 2).

        

FIG.2 : La crête rocheuse de la Cote 1845,9, photo Claude Salicis.

       

Au total, onze tombes ont été recensées. Une d’entre elles (fig. 3) est entourée de quelques petits cercles de pierres d’un diamètre ne dépassant pas 60 cm en moyenne (fig. 4). Les tombes observées se répartissent, jusqu’au pied d’un mamelon plus important, selon une direction nord-sud.

       

 

 

 

 

FIG.3 & 4 : Tombe avec cercle de pierres au premier plan et un des petits cercles de pierres associés à la tombe, photos Claude Salicis.

          

Une des particularités de ce site est l’existence probable d’une tombe de même type tumulaire, mais dont l’enclos serait très dégradé, sur l’un des sommets de la crête (fig. 5).
Cet ensemble de hauteur, que l’on peut différencier des ensembles de plaine, ne possède pas de pierres à cerfs et aucune gravure rupestre n’y est associée. La crête appartient à une veine géologique de granite, ce qui pourrait expliquer l’absence de pétroglyphes que l’on trouve en général sur des parois de basalte poli par les éléments climatiques et dont la patine multimillénaire est de couleur "rouille".

          

FIG.5 : La tombe placée au sommet d’une colline, photo Claude Salicis.

          

Le site 12

Coordonnées : 101° 19’ E ; 47° 44’ N.
C’est le plus grand des ensembles que nous avons prospectés. Il s’agit d’un vaste complexe alliant espaces funéraires (tombes) et espaces sacrés (pétroglyphes) dont le centre est situé à environ six kilomètres à vol d’oiseau du piton de Tsatsiin Ereg.
Géomorphologiquement, il se présente sous la forme d’un double mamelon de direction nord-est/sud-ouest dont les deux parties sont inégales tant dans leur aspect que dans leurs dimensions.
Un petit piton (que nous nommons 12.1), quasiment conique, occupe la partie exposée au nord-est (fig. 6). Le deuxième "mamelon" (que nous nommons 12.2) est une colline allongée dont la partie sommitale, de plus d’un kilomètre de long et qui culmine à 1884,5 m d’altitude (fig. 7), surplombe, au sud-est, un flanc abrupt constitué en grande partie de pans rocheux quasi verticaux de type "falaise".
Cet ensemble a été étudié sur une grande « face » orientale correspondant aux deux tiers du site ; une partie du flanc nord-occidental, dont la partie haute est occupée par une forêt de mélèzes, n’a pas été explorée.

          

FIG.6 & 7: le piton rocheux conique 12.1 et la partie nord-orientale de la crête 12.2, photos Claude Salicis.

         

Les tombes

   

Elles se répartissent sur les flancs méridional et oriental du site et présentent une grande variété typologique :
- simple tumulus perché sur le flanc de la colline, avec ou sans enclos quadrilatère,
- petits tumulus (4 à 5 m de diamètre) à enclos quadrilatère simple avec petits tertres ou blocs à chacun des quatre coins, souvent placés sur des cols ou des replats (le site 12.1 accueille plusieurs tombes de ce type) (fig. 8),
- tumulus moyens (5 à 8 m de diamètre) à enclos circulaire simple occupant une position intermédiaire ; quatre tombes de ce type, alignées le long d’un petit vallon situé entre les sites 12.1 et 12.2, occupent la partie basse du flanc oriental du site 12.2 (fig. 9),
- grands tumulus à enclos quadrilatère avec ou sans tertres aux angles, avec cercles de pierres associés et tertres satellites pouvant correspondre à des emplacements d’offrandes ou à des tombes secondaires (fig. 10). Ces tombes, dont le tumulus est d’un diamètre supérieur à 8 m, se trouvent, sans doute en raison de leurs dimensions et donc de l’importance du défunt, sur les parties basses moins pentues du terrain.
On remarquera la présence rare d’une tombe isolée (tumulus à enclos quadrilatère simple rapproché) sur un petit plateau de la partie sommitale du mamelon 12.2 (fig. 11).

         

 

 

 

 

FIG.8 : petit tumulus à enclos quadrilatère avec tertres et/ou blocs, photo Claude Salicis.

FIG.9 : tombes à enclos circulaire, photo Claude Salicis.

 

       

FIG.10 : exemple de tombe avec ses diverses structures satellites : le complexe 2 du site 12, schéma Yannick Molland.

 

 

 

 
                   FIG.11 : Une tombe isolée sur le plateau

                   sommital, photo Claude Salicis.

       

Les pétroglyphes

    

Ils se répartissent essentiellement à la périphérie du piton 12.1 et le long de la barre rocheuse sud-orientale de 12.2.

Autour du piton 12.1, trois gros rochers, positionnés à environ 120° l’un par rapport à l’autre, sont couverts de nombreuses gravures animalières composant de véritables tableaux dédiés à la Nature. Ce formidable triptyque naturaliste, doublé d’une haute technicité de réalisation, regroupe une grande variété de représentations constituant un bestiaire hors du commun.
Le rocher n° 1 (fig. 12), situé au-dessus du col entre 12.1 et 12.2, est cassé en deux morceaux mais la position verticale de la paroi gravée semble avoir ralenti les effets de l’érosion. Les gravures sont d’une finesse et d’une « fraîcheur » remarquables. Au total, on distingue une douzaine d’animaux, tous dirigés dans la même direction, vers le sommet du mamelon, auxquels d’autres signes ou symboles sont associés. On y reconnaît un magnifique bouquetin mâle aux cornes annelées (fig. 13), deux autres bouquetins, une chèvre, un cheval, un chien, un loup, et peut-être un sanglier. Tous les animaux sont en position « debout ». Parmi ces gravures, on observe la présence peu courante d’une figure anthropomorphe (sans arme) à l’extrémité inférieure du fragment principal (fig. 14).

        

 

 

 

 

FIG.12 & 13 : rocher gravé n° 1 (piton 12.1) avec le détail du bouquetin sexué, photos Claude Salicis

 


FIG.14 : figure anthropomorphe

 

Le rocher n° 2 (fig. 15), situé sur le flanc oriental du piton, porte également de nombreuses représentations d’animaux tous dirigés dans une même direction. Au moins vingt-deux représentations animales couvrent la surface visible du bloc dont deux superbes cerfs aux bois à cinq et six cors. On y voit notamment, en plus des cerfs, des bouquetins, des chèvres longilignes, des chiens, tous en position « bondissante » et en pleine extension. Compte tenu de la patine plus foncée des gravures, qui sont certes situées sur une surface inclinée largement plus exposée aux intempéries mais d’une facture radicalement différente, cet ensemble de motifs pourrait être nettement plus ancien que le précédent. La signification de ses représentations pourrait, en outre, différer de celles du rocher n° 1 et être, au sein d’une même démarche de sublimation de la Nature, plus en rapport avec les activités liées à la chasse.

 

       

  

 

FIG.15 : Le rocher n° 2 (piton 12.1)

Photos Claude Salicis 


FIG.16 : Le rocher n° 3 (piton 12.1)

Photos Claude Salicis

         

Enfin, le rocher n° 3 (fig. 16) est également brisé en deux morceaux sur lesquels sont figurés six animaux en position « debout », tous orientés dans la même direction vers le sommet du rocher. On y distingue trois bouquetins, un cheval, peut-être un loup. Une autre gravure, représentant sans doute un animal mais de facture plus fruste, semble avoir été gravée postérieurement aux premières gravures décrites qui forment un ensemble homogène. On observe également le tracé linéaire, sans remplissage, d’une tête de loup ou de chien, ainsi que divers signes ou symboles (postérieurs eux aussi ?).
Outre ces trois rochers aux gravures groupées, plusieurs dizaines de gravures isolées, dont la réalisation est moins aboutie, émaillent le flanc sud-oriental du piton. Parmi ces gravures, nous avons recensé une deuxième représentation humaine : un guerrier avec un poignard à la ceinture (fig. 17) ; quatre lignes d’une écriture tardive (turco-mongole ? tibétaine ?) (fig. 18) ; ainsi que divers symboles dont la signification nous échappe (fig. 19).

        


FIG.17 : La figure anthropomorphe avec arme (poignard ?).

Photos Claude Salicis.

18
▲FIG.18 : Les quatre lignes d’écriture

FIG.19 : Signe gravé non interprété►

 

 

            

Parallèlement à l’observation et au géoréférencement des tombes et des gravures rupestres de ce piton, nous avons remarqué la présence de foulards à prières attachés aux branches du seul arbre (un grand mélèze) présent sur un replat nord-occidental (fig. 20), ainsi que deux crânes de chevaux placés sur les gros rochers sommitaux (fig. 21). Ces objets, notamment les têtes de chevaux, sont très vraisemblablement des offrandes liées à un culte (comme pour les foulards).

 

 

FIG.20 : Arbre "sacré" avec foulard à prières, photo Claude Salicis.

 

 

 

FIG.21 : Deux cranes de chevaux, photo Claude Salicis.

 

 

  

Ainsi, outre l’ensemble funéraire situé sur son flanc oriental, l’espace sommital du site 12.1 pourrait constituer un ancien lieu cultuel (depuis le début de l’âge du Fer comme TPQ eu égard aux gravures rupestres) dont la fonction et l’utilisation, ancrées dans la mémoire collective des populations nomades, ont été préservées et conservées jusqu’à nos jours. Sa position dominante et isolée a pu favoriser une telle pérennisation du site en tant qu’espace particulier (fig. 22).

  

 

22
FIG.22 : tombes sur les flans du piton 12.1 qui comporte un site de gravures, photo Claude Salicis.

        

FIG.23 & 24 : Tombe avec dalle centrale et détail et la dalle avec représentation d’un anthropomorphe (guerrier ou/et chasseur), photo Claude Salicis.

    

Le site 12.2 a été parcouru selon deux itinéraires complémentaires.
En premier lieu, nous avons suivi la crête sommitale depuis le col séparant 12.1 et 12.2 jusqu’à l’extrémité sud-occidentale. Outre la tombe sommitale déjà signalée (voir supra), seules quelques gravures isolées ont été observées dont un cerf sur les premiers contreforts situés au nord-est, et quelques signes et symboles qui nous paraissent maladroitement exécutés.

         

 


FIG.25 : signe gravé non interprété,

photo Claude Salicis.

En revanche, des gravures en nombre, mais également isolées, ont été observées sur les parois de la barre rocheuse sud-orientale. Parmi ces gravures, dont certaines « descendent » bas sur le flanc de la colline, on remarque une dalle horizontale placée au centre du tumulus d’une tombe à enclos quadrilatère (fig. 23). Cette dalle, qui ferme peut-être une chambre funéraire, est gravée d’une représentation humaine semblant tenir ou bander un arc (fig. 24). A-t-on voulu indiquer la dernière demeure d’un chasseur ou d’un guerrier ?
Comme pour le site 12.1, divers signes non interprétés ont également été observés (fig. 25).

           

Le site 14

Coordonnées : 101° 20’ E ; 47° 44’ N
À l’est du site 12, en bordure septentrionale d’une petite crête rocheuse, à environ 1620 m d’altitude, un site funéraire isolé a été observé. La présence d’une tombe de type simple tumulus, très aplatie, nous a incités à prospecter la petite barre rocheuse longeant la crête située à proximité (fig. 26).
Nous y avons observé plusieurs gravures n’ayant pas bénéficié d’une technique avancée du piquetage, dont une flèche (fig. 27), rarement représentée, et évoquant une scène de chasse.
La roche est ici très fragmentée et ne permet pas la réalisation de gravures multiples groupées ou de gravures de grandes dimensions.
Néanmoins, cette association tombe – gravures est intéressante pour l’étude des rapports pouvant exister entre le funéraire et le cultuel. Il s’agit d’un contexte que l’on rencontre régulièrement lorsque la roche (le basalte) le permet.

            


FIG.26 : tombe très aplatie et site de gravures rupestres, photo Claude Salicis.


FIG.27 : flèche gravée, photo Claude Salicis.

 

 

Le site AB

Coordonnées : 101° 24’ E ; 47° 42’ N.
Sur la rive droite du Tamir, à un peu moins de six kilomètres à vol d’oiseau du piton de Tsatsiin Ereg, deux mamelons ont été prospectés.
Dans un milieu géologique granitique, la Cote 1591,2 (coordonnées : 101° 25’ E ; 47° 43’ N) n’a livré ni tombes, ni gravures rupestres. Seuls un petit cairn et un muret en pierre sèche en occupent la partie sommitale (fig. 28).

 

 

FIG.28 : aménagements de la Cote 1591,2.,

photo Claude Salicis.

           

En direction du sud-ouest, la piste passe au pied oriental de la Cote 1736,3.
La colline est constituée de grandes parois de granite, parfaitement lisses, vierges de tout art schématique. Aucune gravure n’a été observée sur la « face » orientale étudiée.
En ce qui concerne les tombes, le flanc et le pied orientaux du piton en accueillent une grande variété. Ce complexe funéraire semble « balisé » par deux cairns à prières, le premier, à l’est, en bordure amont de la piste (fig. 29), le deuxième, plus modeste, à l’ouest et sur le flanc de la colline (fig. 30).
Plusieurs types de tombes ont été observés :
- tumulus à enclos quadrilatère avec ou sans tertres aux quatre coins,
- tumulus à enclos quadrilatère dont les quatre coins sont munis de gros rochers, pointus la plupart (fig. 31),
- grande tombe sur flanc à enclos circulaire dont la partie basse est aménagée d’une ouverture matérialisée par deux gros rochers (fig. 32),

          

 

 

 

FIG.29 : cairn à prières oriental,

photo Claude Salicis.

 

FIG.30 : cairn à prières occidental,

photo Claude Salicis

 

FIG.31 : tombe avec enclos à blocs d’angle pointus,

photo Claude Salicis.

 

FIG.32 : tombe avec enclos circulaire à "entrée",

photo Claude Salicis.

 

 

 

FIG.33 : grande tombe avec enclos ovale,

photo Claude Salicis.

FIG.34 : tombe à orthostates ?,

photo Claude Salicis.

                

- même type de tombe, la plus grande du site, avec enclos ovale et ouverture marquée par deux rochers (fig. 33).


 

       Quelques aménagements atypiques ont également été observés :
- enclos quadrilatère formé par de grosses dalles fichées dans le sol (orthostates) (fig. 34),
- grand rectangle, au niveau du sol, constitué de petits blocs agencés de type « tertre » (fig. 35),
- simple tumulus au centre duquel émerge (en guise de stèle ?) un gros rocher pointu (fig. 36).
Au total, dix-huit structures principales ont été géoréférencées.

         


FIG.35 : grand rectangle pavé de pierres (tombe ?), photo Claude Salicis.


FIG.36 : tombe tumulus avec stèle centrale pointue, photo Claude Salicis

      

D’AUTRES AMÉNAGEMENTS

      

Les « fers à cheval »

En marge des complexes funéraires, dont les tombes comportent toujours un tumulus, nous avons observé un type de construction ayant la forme d’un fer à cheval. Ils sont peu fréquents et bâtis aux pieds des mamelons, à la rupture de pente entre le flanc et la plaine ; ils sont « ouverts » côté plaine (fig. 37). Un muret en pierre sèche, haut d’environ 40 à 60 cm, fait de blocs moyens et petits, à double parement et « renforcé » côté flanc, constitue leur architecture.

       


FIG.37 : structure en forme de fer à cheval,

photo Claude Salicis.


FIG.38 : structure en forme de fer à cheval associée à des tombes, photo Claude Salicis.

            

Aucune information n’a été obtenue en ce qui concerne leur fonction ou leur datation.
Nous avons observé une quantité relativement importante d’outils lithiques et d’éclats en roche siliceuse verte dans leur environnement immédiat (environ un élément par carré de 5 m de côté) suggérant la présence d’une occupation humaine dont le muret en fer à cheval serait une protection contre d’éventuelles chutes de pierres. Mais ce type de mobilier a également été observé, en quantité moindre, au sein de complexes funéraires ou sacrés à gravures. En outre, l’un d’eux est placé à proximité de tombes modestes (fig. 38).


Certains de ces outils se rapprochent des grandes lames du Paléolithique supérieur européen, et certains nucléus montrent des enlèvements de très petites lames (microlithes) qui font penser aux cultures du Mésolithique. Nous ne pouvons en dire davantage sans l’avis des spécialistes, et nous ne pouvons, au stade de ces premières constatations, en tirer une datation des structures observées.
Par ailleurs, et de façon générale, très peu de silex ont été observés, et toujours sous la forme d’éclats de taille.

       

Une stèle contemporaine

Nous revenons enfin rapidement sur le site 12.2 pour signaler la découverte d’un gros rocher portant une inscription en mongol qui correspond vraisemblablement aux dates de la vie d’un individu «1917 – 1986 - 21 septembre », le chiffre 69 étant peut-être le nombre d’années (1986-1917) et la commune citée, le lieu de résidence (fig. 39).
Elle est placée en bordure d’un petit sentier grimpant à flanc de colline, à travers les gravures pariétales du site, vers un petit col situé sur la crête, non loin de la tombe isolée sommitale (voir supra).
Là aussi, comme pour le site 12.1, il nous semble possible d’évoquer la pérennisation, même si elle est ponctuelle, de ce site particulier.

           

ANALYSE DES DÉCOUVERTES

   

À l’instar des peintures pariétales des grottes ornées de la Préhistoire, les représentations rupestres mongoles sont essentiellement animales (mouflons, cerfs, chèvres, bouquetins, chevaux, chameaux, bovins, chiens, loups, félins) et plus rarement anthropomorphes (chasseur, guerrier, cavalier) ou fonctionnelles (flèche, arc, chariot, poignard).
Seul un commentaire sur les qualités d’exécution des gravures observées nous est permis.
Dans leur réalisation, on distingue nettement deux "écoles" et peut-être plusieurs styles.
La première de ces « écoles » reflète une maîtrise totale, tant dans la technique du piquetage, dense et précis, que dans les expressions artistiques très réalistes. De prime abord, deux styles différents s’en dégagent, nous l’avons vu, avec les postures des animaux qui sont représentés soit "debout", soit "bondissants". Elle est vraisemblablement issue de « professionnels » ou de « chamans » et liée au "divin". C’est à cette école qu’appartiennent les "tableaux animaliers" multiples.
La seconde pourrait être définie comme "l’école du peuple" et représenter en cela une reconnaissance de la "grande école". Elle montre des animaux souvent petits et stylisés, parfois ajoutés à d’anciennes représentations au vu des patines respectives. Ces gravures frustes, toujours isolées et éparpillées, sont réalisées à l’aide de diverses techniques rudimentaires maladroitement mises en œuvre : piquetages larges et grossiers, rayures, frottements (usure de la roche). On a sans doute affaire ici à des bergers, peut-être des enfants, voulant imiter les véritables artistes du moment... ou du passé.

 

 

Quant à l’étude minutieuse de l’extraordinaire densité quantitative et typologique des tombes et des gravures que nous avons recensées en 2008, elle ne peut être entreprise qu’au sein d’une globalisation des anciennes et, surtout, des futures découvertes qui s’annoncent colossales.
Ce n’est qu’à l’issue d’un inventaire systématique, le plus riche possible, et grâce à la multiplication des chantiers de fouilles, que ces structures funéraires et ces espaces sacrés pourront faire l’objet d’analyses poussées par les différents spécialistes des domaines concernés : typologie, statistique, chronologie, environnement, iconographie, croyance, ...

 


      

 

Moulages des gravures découvertes par Claude SALICIS

 

Interview de René DAVID

- 2009 -

 


 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière mise à jour : ( 11-01-2012 )