Sites archéologiques
     


Présentation de l'objet d'étude


 

      Les Khirigsuurs sont les monuments archéologiques qui ont le plus d’emprise au sol et qui sont les plus rencontrés dans la steppe mongole. Tandis que leur typologie est fortement variable, ils partagent néanmoins des éléments communs. En effet, ils sont composés d’un monticule de pierres central entouré d’un enclos circulaire ou quadrangulaire formé d’un alignement de pierres au niveau du sol. La plupart comportent autour de leurs enclos des éléments périphériques comme des cercles de pierres et des tertres (petits monticules de pierres). La dimension des pierres de ces constructions peut varier de simples galets à de gros rochers. La plupart des tumulus centraux atteignent près de 10 mètres de diamètre en moyenne. Il n’est pas rare de relever des khirigsuurs dont les côtés peuvent atteindre plusieurs centaines de mètres.


       Bien que les indices relevés sur ces complexes funéraires étaient infimes, nous savons maintenant que ces constructions avaient une vocation funéraire et culturelle. Il semble que les khirigsuurs ont été érigés pour inhumer des défunts de haut rang et pratiquer des rituels sacrificatoires en leur honneur.

Ces complexes funéraires ne sont étudiés que depuis quelques années et restent peu compris par les archéologues. En effet, très peu d’informations ont été relevées lors des fouilles archéologiques. Le manque d’indices sur ces constructions a amené, depuis ces dernières années, plusieurs équipes de scientifiques étrangers à se pencher, avec les dernières techniques mises à la disposition des archéologues, sur ces mystérieux complexes funéraires. Il s’agit également d’utiliser les Systèmes d’Informations Géographiques afin de traiter les milliers de structures qui composent ces complexes.

 

      En croisant les résultats obtenus par la mission Monaco-Mongolie et ceux des autres expéditions scientifiques, il apparaît qu’une partie de la Mongolie actuelle était occupée à l’âge du Bronze final par une puissante civilisation, dirigée par une élite inhumée sous des grands tumulus. La forme des structures funéraires et cultuelles, le type de sacrifice d’animaux perpétré à leurs abords et les thèmes iconographiques des pierres à cerfs comportent de telles similitudes sur une surface de plus d’un million de km², que les mêmes codes sociaux et religieux devraient être rigoureusement appliqués partout (Magail, 2008). Il s’agit maintenant d’obtenir le maximum de dates, grâce au carbone 14, notamment celui contenu dans les ossements d’animaux qui furent sacrifiés et ensevelis sous les nombreux tertres périphériques aux grandes tombes. Des milliers de structures de la sorte ont été répertoriées entre 2008 et 2009 autour de chacun des deux tumulus aristocratiques de Tsatsiin Ereg (B300 et B10). Ce nombre de sépultures d’animaux, essentiellement de chevaux, donne une idée de l’importance des cérémonies données en l’honneur des défunts.

 

      A l’issue des analyses effectuées sur la base de données spatiales des Khirigsuurs, un certain nombre de résultats sur le choix d’implantation et d’orientation de ces constructions apparaissent. Il est désormais évident qu’il ya 3000 ans la civilisation nomade des khirigsuurs a souhaité orienter dans l’espace ces structures et suivre un protocole précis d’agencement des divers éléments.

 

 


Le complexe funéraire B10 - Site de TSATSIIN EREG


  

     Depuis 2006, première campagne de la mission archéologique en Mongolie, les archéologues se sont particulièrement interessés au complexe funéraire B10 (fig. 1). En effet, ce monument de très grande taille est composé de plusieurs milliers de structures en sa périphérie faisant de lui le plus grand complexe funéraire du site de Tsatsiin Ereg.

 

Figure 1: DAO du complexe funéraire B10 (Tsatsiin Ereg)
Réalisation Yannick MOLLAND


     Lors de la campagne archéologique 2009, l’ensemble des éléments qui le compose a été relevé à l’aide d’une station totale. Le complexe est désormais cartographié et intégré dans un Système d’Information Géographique. Cette méthode permet de représenter sur une carte tous les éléments qui le composent et ainsi de pouvoir commencer l'analyse de sa structure et de la chronologie de sa réalisation.


      Le complexe funéraire B10 possède la typologie caractéristique des khirigsuurs de la Mongolie. Tous ses composants sont construits en pierres sèches et il occupe une surface totale de 450 x 500 m. Il s'agit du plus grand khirigsuur dans la région de la nécropole de Tsatsiin Ereg.

      Ce monument est de type quadrangulaire, il comporte un enclos trapézoïdal marqué de quatre tertres à chaque coin. Deux tumuli en pierres sèches de 10 et 30 m de diamètre sont placés au centre. En périphérie de l’enclos, plus de 2300 structures satellites sont concentrées. Il est question de cercles de pierres (1245) et de tertres (1116). Les cercles de pierres, qui mesurent de 1 à 3 m de diamètre, entourent tout le complexe avec une forte densité du coté Ouest alors que les tertres se distribuent uniquement du coté Est de l’enclos.
      Les cercles de pierres sont le plus souvent alignés selon de grandes courbes qui embrassent le pourtour de l’enclos. Les tertres sont alignés en rangées parallèles aux cotés Ouest, Est et Nord de l’enclos. Une allée latérale est située au Nord du monument et mesure 140 m x 4 m. Elle est parallèle au côté nord de l’enclos.

     La Mongolie recense plusieurs complexes funéraires de ce type éparpillés sur tout l’ensemble du territoire. Dans la mesure où le relevé topographique des éléments qui le compose demande beaucoup de temps, très peu d’équipes archéologiques se sont lancées dans ce travail.

 

    Dans le cadre de cette étude nous avons communiqué avec le professeur Francis Allard, membre de l’équipe archéologique américaine DeerStone Project, qui nous a transmis le relevé d’un grand Khirigsuur du même type, KYR1 (fig. 2), situé sur le site de Urt Bulagyn dans la vallée du Khanuy,

     Le site d’Urt Bulagyn est situé à une cinquantaine de kilomètres à vol d’oiseau du site de Tsatsiin Ereg, il dispose d’un grand complexe funéraire dont la typologie est très proche du monument B10 (fig. 1).     

    Comme le Khirigsuur B10, ce complexe dispose de cercles de pierres et de tertres tout autour de l’enclos. La distribution spatiale de ces satellites est identique. Les tertres sont situés du coté est et les cercles de pierres sont à majorité du coté ouest. Il est constitué d’une allée latérale et de deux tumulus dont le plus conséquent est au centre. Nous sommes bien en présence de deux structures typologiquement identiques et de dimensions très proches (390 x 390 m pour KYR1 contre 450 x 500 pour B10).     

   

 Figure 2: DAO du complexe funéraire KYR1 (Urt Bulagyn)
Réalisation:
DeerStone Project

 

       La ressemblance entre ces deux monuments est pour autant frappante surtout situés à plus d’une cinquantaine de kilomètres de différence. En effet, ils sont tous les deux constitués d’un enclos quadrangulaire de dimension similaire mais disposent aussi de certains détails très caractéristiques en ce qui concerne la distribution de leurs satellites. Tous deux sont caractérisés par des coupures aux niveaux de la disposition de leurs satellites au nord du complexe funéraire : Marque de coupure des cercles de pierres au nord et des tertres au nord est (fig. 1 et fig. 2).       

       Le recours à des relevés topographiques en relation avec l’utilisation des Systèmes d’Informations Géographiques pour étudier de tels complexes est indispensable sans quoi il aurait été impossible de déceler de tels éléments. 

 

 

 

Relevés topographiques du complexe funéraire  B10

 

Par Yannick MOLLAND

 

Mission Mongolie 2009

 

 

 

 

 


Relevé du complexe funéraire B10 à la station totale (Pentax R300x)


 

 

Image

 Réalisation : Yannick MOLLAND

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière mise à jour : ( 28-10-2011 )